Quel est le point commun entre les façades de l’Empire State Building à New York, celle de Notre-Dame à Paris et le garage des œufs de la télécabine de Beauregard à La Clusaz ? Le studio Suberbien, spécialisé dans le mapping. Quezaco ? L’art d’afficher sur un mur des images projetées au réalisme saisissant, mêlant textures, effets 3D et parfois même interactivité, comme ici dans la station des Aravis en Haute-Savoie.
Une salle immersive et un film de 7 minutes
Après le “Merci lumineux” qui a fait le tour des réseaux sociaux lors de l’inauguration de la restauration de Notre-Dame, le Dark Vador qui a illuminé le gratte-ciel américain et inondé la toile, la société parisienne a réalisé un film de 7 minutes pour la nouvelle salle immersive et interactive de la station de La Clusaz, baptisée la Gare de Beau Regard, ouverte ce 1er février.
De sa petite main, Juliette caresse le mur de neige, laissant apparaître un faon. À côté, une autre main, d’adulte cette fois, révèle une vache sous la poudreuse. Même geste, mêmes yeux émerveillés. On s’y croirait. Des lasers projetés sur le mur détectent en temps réel le mouvement enclenchant l’apparition des images à dévoiler, rendant ainsi le mur interactif.
Imperceptible pour la trentaine de spectateurs dans la salle. Tous semblent avoir percé le secret d’Harry Potter et de la magie du portoloin. Ils sont comme transportés au sommet de l’imposante chaîne des Aravis enneigée, au côté d’un aigle fendant l’air. Ou dans l’aspiration d’un wing suiter qui s’élance. Avant de se retrouver au cœur d’un vieux chalet d’alpage, en bois, foisonnant de vieux outils. Trois mois de production pour obtenir le réalisme du film, un savant mélange d’images réalisées à partir de logiciels 3D et d’intelligence artificielle.
Les quelques secondes du vol de l’aigle ont demandé plusieurs jours de travail. « On utilise une technique qui permet d’imaginer les os de l’animal afin de lui donner le mouvement le plus réaliste possible », décrit Garance Warin, studio manager chez Superbien. Autres défis techniques : minimiser les ombres portées des spectateurs sur les murs pour ne pas gêner l’expérience immersive et s’assurer que l’image regardée de très près reste nette.
« Nous adapter est donc devenu une obligation »
Le lieu s’inspire de l’Atelier des lumières à Paris ou encore des Carrières de lumière aux Baux-de-Provence. En plus petit, bien sûr, l’espace de 200 m² accueille habituellement les 40 œufs de la télécabine de Beauregard. Le tour de force du studio a été de s’adapter à ce site détourné pour l’expérience immersive en saison hivernale et estivale.
L’espace de divertissement, qui aura coûté 800 000 euros (400 000 euros pour la technique et le visuel, autant pour transformer le site en lieu accueillant du public avec toutes les normes de sécurité), est porté par la société de remontées mécaniques (Satelc).
Qui aurait pensé il y a 25 ans qu’une société d’exploitation d’un domaine skiable investisse autant pour autre chose que le transport de skieurs ? Aux Arcs ou encore au départ de la télécabine de l’aiguille du Midi à Chamonix, des expériences misant sur l’immersion ont aussi été réalisées ces dernières années. « Le changement climatique nous impacte et nous impose de réfléchir et proposer de nouvelles activités », reconnaît le maire de La Clusaz Didier Thévenet, dont la commune est l’actionnaire majoritaire de la station. « Nous adapter est donc devenu une obligation ».
Une nouvelle activité, hors ski, par saison
En 2040, 40 % du chiffre d’affaires de la Satelc proviendra d’activités hors vente de forfaits de ski, c’est le vœu et l’objectif, de son directeur Jean-Christophe Hoff. Une nouvelle activité, hors ski, verra ainsi le jour par saison (après la balançoire XXL, la luge 4 saisons, la tyrolienne géante, l’espace d’apprentissage version été). Pas question pour autant de transformer le site en un vaste parc d’attractions façon Dubaï. Non. « La sécurisation du ski reste une de nos priorités et pour de nombreuses années encore », assure Jean-Christophe Hoff, qui rappelle que « d’après les projections des études Climsnow, au moins jusqu’en 2050, le réchauffement climatique aura un impact maîtrisable » dans la station. Grâce au damage, la neige de culture et une adaptation. Des projets d’aménagement sont en cours sur les secteurs les plus hauts de la station, notamment pour les débutants.
Le directeur estime aussi que le site devra servir via ses films à « délivrer des messages ». D’autres sur le cycle de l’eau et la biodiversité sont en projet. Green washing ou sensibilisation ? « Les messages sont importants, mais nous les joignons à des actes. La station de La Clusaz a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 85 % avec l’utilisation de carburants décarbonés et une électricité 100 % renouvelable fabriquée en Haute-Savoie) », répond le directeur Jean-Christophe Hoff.
Une fois engagés dans la file montant à la télécabine, les skieurs devront choisir : repousser le plan initial de 15 minutes pour bifurquer dans la salle et tenter l’expérience immersive avant d’embarquer, ou se jeter dans les œufs pour dévaler les pentes enneigées. « On verra », sourit le directeur de la Satelc, qui attend 200 000 passages par an. L’expérience, gratuite pour les skieurs en possession d’un forfait, payante pour les piétons (4€), est un pari. Un pari sur l’avenir.
Article issu du Dauphiné Libéré





