Alpes : un Écossais en kilt distille le gin et le whisky les plus hauts d’Europe

En quelques secondes, on saisit parfaitement ce qui fait de James Abbott, un Écossais modèle. D’abord, l’apparence. Son sourire franc va de pair avec le kilt qu’il porte pour travailler, malgré la température juste en dessous de zéro degré qui règne au moment de notre rencontre. Il nous le confirme, ce n’est pas parce qu’il avait rendez-vous avec la presse qu’il a décidé d’enfiler la tenue traditionnelle de son pays. C’est son mode de vie.

Une micro-distillerie à 1400 mètres d’altitude

Puis, l’attitude. L’accueil est à la hauteur de ce qui est décrit par les Français revenant d’un petit week-end à Édimbourg ou d’un long “road trip” dans les Highlands : chaleureux et généreux.

Depuis six ans, il élabore à Saint-Gervais deux des produits qui font la renommée de son pays à travers le monde : le gin et le whisky. Le tout, dans la micro-distillerie commerciale la plus haute d’Europe. À un peu moins de 1 400 mètres d’altitude dans le massif du Mont-Blanc, sur le secteur du Prarion, il a transformé un ancien abri, autrefois destiné aux ânes, en un local étroit mais fonctionnel. « Il n’y avait même pas les murs, c’était comme un petit préau », précise-t-il. Pour accéder à sa cabane montagnarde, deux options s’offrent aux visiteurs : à pied, par la piste 4×4 qui lui permet de monter l’alcool pur et de descendre ses boissons distillées ; ou par une piste du domaine skiable Les HouchesSaint-Gervais, malheureusement trop souvent fermée par manque de neige.

Sur le chemin, on croise des propriétaires d’un chalet situé quelques mètres au-dessus de la distillerie, ils nous préviennent : « Bien sûr qu’on connaît James ! Vous allez vous régaler avec lui. » Si l’Écossais s’est parfaitement intégré à la vie du Pays du Mont-Blanc, il n’en maîtrise pas encore la langue. Fier de son identité, James a malgré tout adouci son accent “scottish”, permettant aux montagnards français de le comprendre plus facilement.

Pourtant, rien ne le prédestinait à une telle trajectoire. Professeur à l’université en tant qu’ingénieur design et guide menant des expéditions à travers le monde, il a porté un projet pendant plus de 10 ans : la construction d’une maison écologique au Canada. « J’attendais mon visa pour y aller et j’avais quelques mois de libre avant de l’obtenir. Cela faisait un moment que j’avais envie de venir découvrir votre région, l’explorer pour de bon », explique James. À cette période, il subit le drame d’une vie, la perte de sa femme.

« Au moins ici, il n’y a pas de grizzly qui risque de me dévorer ! »

« Quand je suis arrivé à Saint-Gervais, je n’avais même pas d’endroit où loger. J’ai découvert une véritable communauté bienveillante. Les gens m’ont hébergé, je gardais leurs maisons quand ils n’étaient pas là… Ils m’ont fait découvrir le vin et je leur ai partagé mon amour du whisky et du gin. C’est comme ça que l’idée de faire mes propres alcools a commencé à germer. »

Pour mener à bien son projet, il décide de vendre sa maison canadienne et de s’installer à plein temps au pied du toit de l’Europe : « Au moins ici, il n’y a pas de grizzly qui risque de me dévorer ! » Doté de ce qu’il appelle un « bon palais », James n’avait cependant pas d’expérience dans la confection d’alcool il y a sept ans. Alors, il se lance au culot. Il rédige un mail à Tom Nichol, maître distillateur parmi les deux seuls de l’industrie à avoir reçu un prix pour l’ensemble de sa carrière par la prestigieuse guilde du gin. « C’était surprenant, mais il a dit oui ! Il est venu sur place et m’a transmis une partie de son savoir-faire. C’est quelqu’un qui travaille à l’ancienne, qui fait du gin traditionnel donc j’ai suivi ses pas. Même s’il y a quelques particularités à ma démarche », souligne James Abbott.

8 000 bouteilles de gin et 1 000 de whisky chaque année

Son gin est constitué de huit ingrédients. Le plus important, la base même du breuvage : la baie de genévrier. Le fruit est accompagné de génépi, influences savoyardes obligent, d’agrumes, de coriandre et de myrtille, entre autres. Les degrés dans le verre font étrangement penser à ceux que l’on vient de grimper pour atteindre le petit bout de paradis de James. 43,63 %, le savant mélange de son âge et de celui de son mentor au moment de créer leur breuvage.

La boisson, très florale, s’avère être moins forte que les gins utilisés pour faire des cocktails. Son créateur conseille de la déguster pure, avec un glaçon et un zeste d’orange ou de citron. Le tout, dans une démarche écologique impeccable.

L’eau de source qu’il utilise pour la distillation ne fait que passer par sa cabane et retourne dans son lit. Trois des ingrédients sont ramassés à la main dans le massif du Mont-Blanc, cinq issus de l’agriculture biologique et tous proviennent à moins de cinq heures de route de la distillerie. Puisque le diable se trouve dans les détails, James a poussé la démarche encore plus loin. Chaque étiquette, signée et numérotée, est faite d’un papier recyclé et collé au lait de vache : « Parfois, c’est un calvaire de trouver des solutions mais je ne me vois pas faire autrement. C’est une question de principe. » S’il est épaulé par son collaborateur, Flavien, sur les questions commerciales et de communication, l’Écossais réalise artisanalement 8 000 bouteilles de gin et 1 000 de whisky chaque année. Il y dédie la quasi-totalité de son temps.

Article issu du Dauphiné Libéré

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