Écrins ou Pelvoux : pourquoi autant de confusion sur le nom du massif ?

En lisant une carte des Alpes, vous passez en revue tous les noms que vous connaissez si bien : ici le Mont-Blanc, au sud le Mercantour, et là… tiens ? Le massif du Pelvoux. Pourtant, vous en êtes sûr, ce secteur, c’est bien celui des Écrins, non ?

Le parc, la Barre des Écrins, la Meije… Alors, cette carte se trompe-t-elle en appelant ça le Pelvoux ? Pas du tout. Pour comprendre pourquoi, il faut plonger dans l’histoire de la découverte de ces montagnes.

Quand le Pelvoux régnait sur les Alpes du Dauphiné

Jusqu’au XIXᵉ siècle, les montagnes qui composent aujourd’hui le massif des Écrins sont encore largement inconnues. Les habitants des vallées connaissent les cols, les torrents et les alpages utiles à leur quotidien, mais les grands sommets restent mystérieux. Depuis Vallouise ou La Bérarde, une montagne s’impose : le mont Pelvoux. Avec ses 3 946 mètres, il domine l’horizon. Naturellement, tout le monde pense qu’il s’agit du plus haut sommet des Alpes du Dauphiné.

Dès 1750 pourtant, un doute apparaît. L’ingénieur militaire Pierre de Bourcet, chargé de cartographier la région, repère sur ses relevés un sommet plus élevé situé derrière le Pelvoux. Il le surnomme la « montagne d’Oursine », mais faute de mesures précises, l’idée reste confidentielle.

En 1828, le capitaine Adrien Durand, envoyé pour dresser une carte détaillée, parvient à gravir le Pelvoux avec ses guides locaux. Pour la première fois, des relevés sérieux sont effectués. Surprise : depuis le sommet, Durand observe un autre pic, plus haut, qu’il estime à plus de 4 100 mètres. Mais encore une fois, la difficulté d’accès et le manque de connaissances maintiennent l’ambiguïté.

Le mont Pelvoux vu depuis le Glacier Blanc - CC BY 2.0
Le mont Pelvoux vu depuis le Glacier Blanc - CC BY 2.0

L’âge d’or des explorateurs britanniques

C’est dans les années 1850-1860 que tout s’accélère. Une génération d’alpinistes britanniques débarque dans les Alpes du Dauphiné, attirée par des paysages encore vierges et des glaciers spectaculaires. Parmi eux, James David Forbes explore les vallées et publie en 1853 un récit qui attire l’attention de la communauté scientifique européenne.

Mais c’est surtout Edward Whymper, jeune graveur londonien, qui va changer l’histoire. En 1861, il tente de gravir ce qu’il croit être le sommet le plus haut, guidé par des habitants de la Vallouise. Il atteint le Pelvoux, mais depuis son sommet, il réalise qu’une autre montagne, plus massive et plus glaciaire, se cache derrière : la future Barre des Écrins.

Il faudra attendre le 25 juin 1864 pour que Whymper, accompagné de Moore, Walker, Croz et Almer, parvienne à atteindre ce sommet mystérieux. Hauteur finale : 4 102 mètres. Le point culminant des Alpes du Dauphiné n’est pas le Pelvoux, mais bien cette Barre des Écrins, invisible depuis de nombreuses vallées. L’histoire bascule.

Edward Whymper - CC BY 3.0
Edward Whymper - CC BY 3.0

Le long flottement des noms

On pourrait penser que, dès lors, tout est clair. Mais il faudra encore attendre plus d’un siècle pour que la terminologie se stabilise. Pendant longtemps, les cartes hésitent : faut-il parler du massif du Pelvoux, comme le faisaient les habitants de la Vallouise, ou du massif de l’Oisans, un terme plus large qui englobe aussi la Meije, ou encore du massif des Écrins, en référence à son sommet le plus haut ?

Chaque vallée défend son appellation, et les guides touristiques entretiennent la confusion. Ce n’est qu’en 1973, avec la création du parc national des Écrins, que le nom « Écrins » s’impose officiellement. Pourtant, le Pelvoux n’a pas disparu : il reste un sommet emblématique, un haut lieu de l’alpinisme, et même le nom d’une (ancienne) commune située au pied de la montagne.

Aujourd’hui : comprendre la différence

La distinction est désormais claire :

  • Les Écrins : le massif dans son ensemble, qui abrite la Barre des Écrins, la Meije, l’Ailefroide, le Dôme de Neige et bien d’autres sommets majeurs.
  • Le Pelvoux : une montagne précise, culminant à 3 946 mètres, située dans la vallée de la Vallouise, longtemps considérée comme la reine du secteur mais aujourd’hui détrônée par la Barre.

Si la confusion persiste encore, c’est parce qu’elle est héritée de plus d’un siècle d’incertitudes. Elle raconte une époque où la montagne se découvrait à tâtons, où les cartes se construisaient au fil des expéditions, et où les guides, les militaires, les scientifiques et les alpinistes étrangers essayaient ensemble de déchiffrer un territoire encore sauvage.

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