Nichée dans le sud du massif des Vosges, à la frontière entre la Haute-Saône et le Territoire de Belfort, La Planche des Belles Filles attire aujourd’hui des milliers de visiteurs. Les amateurs de cyclisme connaissent bien ses pentes redoutables, rendues célèbres par le Tour de France, tandis que les randonneurs et skieurs apprécient la beauté préservée du site. Mais derrière son apparence paisible, ce sommet cache une histoire riche en mystère.
Le nom à lui seul suscite l’imagination : “La Planche des Belles Filles”. Est-ce un hommage à de jeunes héroïnes, une expression régionale ou le fruit d’une simple déformation linguistique ? Pour répondre à cette question, il faut plonger dans les récits locaux, où se mêlent mémoire populaire et hypothèses historiques.
Un nom qui intrigue les passionnés de montagne
Pour quiconque entend ce nom pour la première fois, l’étonnement est immédiat. Les toponymes de montagne sont souvent liés à la géographie, à la faune, à la flore ou à des faits historiques, mais celui-ci frappe par sa poésie et son mystère.
Le nom est aussi un puissant outil de marketing touristique. Les visiteurs sont souvent poussés par la curiosité : que peut bien signifier “Planche” ? Qui étaient ces “Belles Filles” ? Les offices de tourisme et les guides locaux cultivent ce mystère, renforçant l’aura presque romanesque du lieu.
La légende tragique des jeunes filles de la guerre de Trente Ans
La version la plus populaire plonge ses racines au XVIIᵉ siècle, en pleine guerre de Trente Ans. Cette période de conflits ravagea une grande partie de l’Europe, et les mercenaires suédois, réputés pour leur brutalité, pénétrèrent jusqu’aux confins de la Haute-Saône. Les villages furent incendiés, les récoltes pillées et les habitants persécutés.
C’est dans ce contexte que la légende raconte le destin tragique d’un groupe de jeunes filles. Traquées par les soldats ennemis, elles se réfugièrent dans les montagnes, espérant trouver un abri sûr. Mais face à l’inévitable, plutôt que de se rendre et subir les violences annoncées, elles se seraient jetées dans un lac d’altitude, sacrifiant leur vie pour préserver leur dignité. En hommage à leur courage, le lieu aurait été baptisé La Planche des Belles Filles.

Une deuxième légende évoque, la visite dans les chaumières lors des veillées des siècles passés de charmantes jeunes filles. Celle-ci égayaient les soirées et disparaissaient dans la forêt à minuit. On murmurait que c’était des fées. Mais un soir, un bucheron trop curieux les suivit et les vit disparaître dans un rocher près de la Planche des Belles Filles
Une autre piste : la déformation linguistique
Au-delà du mythe, certains historiens avancent une explication plus rationnelle et linguistique. Le mot “Planche” désigne en patois local un plateau ou une surface plane, ce qui correspond à la géographie du sommet. Quant à “Belles Filles”, il pourrait s’agir d’une altération du mot “fahys”, signifiant « hêtres » ou « hêtraies ».
Avec le temps, la prononciation et la transmission orale auraient transformé “belles fahys” en “belles filles”. Ce genre de modification est fréquent dans la toponymie rurale, surtout dans les zones où les dialectes locaux influencent fortement la langue française. Ainsi, l’histoire écrite aurait peu à peu cédé la place à une version plus romanesque.
Un lieu devenu emblématique du sport et du tourisme
Aujourd’hui, La Planche des Belles Filles est bien plus qu’un simple sommet vosgien. En hiver, la station de ski accueille familles et sportifs sur ses pistes variées. En été, les sentiers de randonnée offrent des panoramas exceptionnels sur la chaîne des Vosges et la plaine d’Alsace, attirant aussi les amateurs de VTT.
Depuis son apparition dans le Tour de France en 2012, le col a acquis une renommée internationale. Les images des cyclistes affrontant ses rampes à plus de 20 % d’inclinaison ont marqué les esprits, donnant au nom un prestige supplémentaire. Cette notoriété sportive contribue à perpétuer la fascination autour de son origine mystérieuse.
Entre mythe et réalité
L’histoire de La Planche des Belles Filles illustre parfaitement la façon dont un lieu peut être façonné à la fois par la mémoire collective et par l’évolution linguistique. Entre la tragédie supposée des jeunes filles de la guerre de Trente Ans et la piste plus pragmatique de la déformation toponymique, le mystère reste entier.
Et c’est peut-être cette dualité qui fait toute la richesse de ce sommet vosgien. Mythe ou réalité, la beauté du site et la force de son nom continuent de séduire randonneurs, cyclistes et curieux, faisant de La Planche des Belles Filles un joyau du patrimoine naturel et culturel des Vosges.