Station de Saint-Hilaire : « Au départ, c’était un moteur de Volkswagen, une poulie et un câble »

Christophe Martinet a 65 ans de Plateau-des-Petites-Roches dans les jambes. Né à La Tronche en 1960, il a grandi sous les contreforts de Chartreuse, entre les sanatoriums et les pentes enneigées. Son père était radiologue, sa mère infirmière. Le ski n’était pas un loisir, mais une évidence. 

À trois ans, il chausse déjà. À six, il assiste à l’inauguration du premier téléski de Saint-Hilaire. « Une fête. Un vrai événement. » Mais pour raconter ce versant du ski en Chartreuse, « il faut se souvenir du contexte ».

« Deux montées, deux descentes, et tout le monde est heureux »

De ces années 1960 où « la France se relève de la guerre et découvre son retard : elle n’est pas un pays de skieurs »

En 1964, le Comité international olympique désigne Grenoble pour les Jeux de 1968. Un électrochoc. Il faut créer une « pépinière de skieurs ». Alors l’État subventionne, et les communes s’équipent. Quelques grandes stations existent déjà – La Plagne, Courchevel, Les Deux-Alpes – mais autour de Grenoble, tout est à inventer.

Sur le Plateau-des-Petites- Roches, ce sont les paysans et surtout les soignants des sanatoriums, une diaspora discrète mais sportive qui impulse le mouvement. Le Ski club des Petites-Roches bricole un fil neige : « C’était artisanal, un moteur de Volkswagen, une poulie, et un câble ». On l’installe où la neige veut bien rester. « Deux montées, deux descentes, et tout le monde est heureux ».  

Puis débarquent enfin les vrais téléskis. En 1966, le premier à Saint-Hilaire se nomme “École”. Tout un programme. En 1967, la station est officiellement créée. Quand le téléski du hameau du Baure, au-dessus de Saint-Pancrasse, est, lui, démonté puis déplacé à Saint-Michel – on ne parle pas encore du col de Marcieu.

Christophe Martinet se souvient de tout, ou presque. Pour cet entretien, il a pris des notes, par crainte d’oublier. Cet hiver 70, il le garde bien en mémoire. Une avalanche gigantesque ravage une partie de la station. Les sanatoriums sont touchés, des voitures projetées dans les halls. « C’était gigantesque. » Déjà la station avait dû être repensée, reconstruite. La montagne garde en elle ces cicatrices. Et elles se sont rouvertes, notamment en décembre 2021 avec une lave torrentielle tout aussi destructrice.

« C’était la liberté »

Christophe est bavard. On le laisse raconter Alain Hubert, instituteur devenu chef d’exploitation, meneur charismatique, dessinateur de pistes, bâtisseur de stations – Lans-en-Vercors, Le Margériaz. « Il ne faut pas l’oublier. »  

Et puis l’école primaire. Un temps où on skie cinq jours par semaine. Les skis sur le dos, à pied depuis l’école. Le mardi, le mercredi et le vendredi avec l’instit’. Le jeudi c’est jour de congé. Place à l’autonomie : « C’était la liberté ». Et il y a les week-ends, encore. Le ski est partout.

Christophe a gardé ses premiers skis. Ils racontent la même histoire que lui. L’enfant du plateau devient moniteur de ski. Logique. Puis ingénieur. Dans les années 1980, il travaille chez Montaz Mautino, constructeur historique de remontées mécaniques, fondé par d’anciens de Pomagalski. La concurrence, à l’époque, est encouragée. « C’était bien pour le marché. »

Dévastée par une coulée de boue torrentielle en décembre 2021, la petite station de Saint-Hilaire-du-Touvet a accueilli, jeudi 15 janvier 2026, une classe pour la première fois depuis la catastrophe. Photo le DL Anouk Anglade
Dévastée par une coulée de boue torrentielle en décembre 2021, la petite station de Saint-Hilaire-du-Touvet a accueilli, jeudi 15 janvier 2026, une classe pour la première fois depuis la catastrophe. Photo le DL Anouk Anglade

On vient le chercher car il parle couramment « remontées »

Plus tard, il s’associe avec Bernard Halec dans une entreprise de contrôle technique des remontées mécaniques. Inspections réglementaires, expertise des câbles. La société grandit, une vingtaine de salariés, des missions partout en France, puis dans le monde. En 1991, Christophe découvre le Chili. Le début d’une grande amitié. Il y retourne sans cesse. Aujourd’hui encore, retraité, il y passe une partie de « notre hiver » car « là-bas, c’est l’été ».

Expert reconnu, il a représenté la France dans des commissions européennes de normalisation. « Moi, c’étaient les câbles. » Une phrase qui résume toute une carrière.

En 2006, Christophe Martinet vend sa société. Il n’est pas encore à la retraite. Le maire de Saint-Hilaire, Pierre Boisselier, lui demande de prendre la direction de l’exploitation du funiculaire et des remontées mécaniques. Il accepte. Il vit là. Il parle couramment « remontées ». Il connaît chaque pylône, chaque câble, chaque fragilité.

À la même époque, le col de Marcieu va mal. Sous l’impulsion de la maire de Saint-Bernard, Dominique Clouzeau, la station se transforme en espace ludique. Une réussite. À Saint-Hilaire, la question se pose : faut-il suivre le même chemin ? Martinet et le maire s’y opposent. « Deux offres identiques à dix kilomètres n’auraient aucun sens. Le chef d’exploitation mise sur le funiculaire. Il sera cet équilibre précaire et nécessaire à la station. « Mais tout restait fragile dès qu’il fallait investir. »

Christophe Martinet, ancien directeur de la régie des remontées mécaniques du féniculaire et de la station de ski du Touvet. Photo le DL Jean-Baptiste Bornier
Christophe Martinet, ancien directeur de la régie des remontées mécaniques du féniculaire et de la station de ski du Touvet. Photo le DL Jean-Baptiste Bornier

Article issu du Dauphiné Libéré

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