Aujourd’hui, l’idée semble presque incongrue. Mais il y a un siècle, le rêve de poser un rail ou un câble jusqu’au sommet du mont Blanc électrisait ingénieurs et investisseurs.
À l’époque, l’ivresse des innovations ferroviaires, l’essor du tourisme et la foi inébranlable dans le progrès nourrissaient une surenchère de projets.
Après tout, la Suisse alignait déjà ses trains à crémaillère sur les cimes, pourquoi pas nous ?
Tunnel intégral ou ligne extérieure ? Le débat de l’époque
Dès 1895, les plans se succèdent : voie ferrée souterraine au départ des Houches ? Tracé mixte depuis Saint-Gervais ? Ascenseur vertical ? L’imagination n’a pas de limite.
Deux options finissent par dominer : un tunnel intégral depuis Chamonix, défendu par l’ingénieur Saturnin Fabre et l’alpiniste Joseph Vallot, ou une ligne en partie extérieure depuis Le Fayet, portée par l’ingénieur Duportal.
La rivalité entre Chamonix et Saint-Gervais s’installe ; le Conseil d’État tranche finalement en faveur de Saint-Gervais en 1907, misant sur un nœud ferroviaire au Fayet et un tracé ensoleillé par le versant de l’aiguille du Goûter.

Un projet fou… rattrapé par la 1ère Guerre mondiale
L’ambition est colossale. Partir de 500 m d’altitude pour rejoindre les Rochers Rouges, à 4 573 m, à deux pas du sommet. Ce serait le plus haut chemin de fer d’Europe.
La Compagnie du Tramway du Mont-Blanc naît, les premiers rails se posent. Mais les lois de la montagne et de l’histoire rattrapent le projet. Les défis techniques, l’altitude extrême, puis la Première Guerre mondiale cassent l’élan.
Le Nid d’Aigle, là où le projet s’est arrêté
L’aventure s’arrête au Nid d’Aigle, 2 372 m, où le tram s’arrête encore aujourd’hui, à 2 200 m du rêve initial. Plus tard, enivré par le succès du téléphérique de l’aiguille du Midi inauguré en 1955, on songe à prolonger la ligne vers le mont Blanc du Tacul.
Là encore, l’idée se heurte à une nouvelle prise de conscience : la haute montagne n’est pas un parc d’attractions. Les années 1960-1970 fixent toutefois des limites à l’aménagement de la montagne.

Le mont Blanc, un sanctuaire désormais intouchable
Aujourd’hui, la simple évocation d’un câble jusqu’au sommet ferait d’ailleurs bondir une partie de la communauté montagnarde. Classé et protégé, le mont Blanc est désormais sanctuarisé par un arrêté préfectoral. On y défend farouchement l’idée qu’il faut mériter l’ascension, au prix de l’effort et de l’engagement.
Les conditions extrêmes, une météo capricieuse, les glaciers mouvants et le froid mordant achèvent de toute façon de rendre irréaliste toute infrastructure durable. Restent donc, pour s’en approcher, l’aiguille du Midi ou la pointe Helbronner, balcons spectaculaires mais qui laissent au sommet son mystère et son silence.
Article issu du Dauphiné Libéré.