Le langage courant définit la haute montagne comme le théâtre de l’alpinisme au-delà de 3 000 mètres. Dans la liste des courses, l’ascension du mont Blanc, celle de la Grande Casse ou un trek en Himalaya reviennent souvent en tête. Le sirotage de cocktail sur la place Caron à Val Thorens, à 2 300 mètres d’altitude, un peu moins. Et c’est normal. Mais attention, d’un point de vue physiologique, la haute montagne commence à 2 000 mètres d’altitude, quel que soit le type de performance envisagée.
Mais pourquoi ? « Dès cette altitude, 2 000 mètres, on peut développer des pathologies liées à la baisse de la pression atmosphérique, explique le docteur Pascal Zellner, président de l’Institut de recherche et de formation en médecine de montagne (Ifremmont). Nous voyons régulièrement des cas d’œdèmes pulmonaires à Val Thorens en hiver. » Ce phénomène s’appelle l’hypoxie.
L’hypoxie, c’est quoi ?
« Le corps humain souffre face à l’hypoxie, ajoute le praticien. La quantité d’oxygène dans l’air ne diminue pas, mais nos poumons en absorbent moins du fait de l’éloignement des molécules d’oxygène entre elles. » Une fois ces considérations prises en compte, il est important de rappeler que profiter du soleil couché sur un transat, chapeau de paille sur la tête et pieds en éventails, n’est pas une activité physique favorisant le développement des pathologies liées à l’altitude.
Il faut toutefois rester prudent. Un voyage en montagne, ça se prépare. Que ce soit pour un trek de dix jours ou des vacances en famille. Les risques existent. En réalité, l’acclimatation totale du corps à l’altitude dure une vingtaine de jours. « Il faut y aller progressivement et être très modéré dans ses activités. C’est important d’arriver en bonne santé. Pendant la première semaine, le corps ne possède aucune protection. »
Attention au mal aigu des montagnes
Et plus on monte, plus l’adaptation doit être progressive. Un mal de tête continu peut être un premier symptôme d’une dégradation de l’état de santé. « Les effets de l’hypoxie modérée sont décalés de quelques heures dans le temps, ils ne sont pas directs après l’effort ou l’exposition à l’altitude, prévient Pascal Zellner. Si on n’est pas raisonnable, notre corps va se dégrader et conduire au fameux mal aigu des montagnes (MAM). »
Alors quelques précautions peuvent être envisagées : « Si vous êtes atteint d’une pathologie chronique ou d’une maladie cardiovasculaire, il est déconseillé d’aller en altitude sans un avis spécialisé. Pour un premier voyage en très haute altitude, il est recommandé de réaliser un test à l’hypoxie en laboratoire pour connaître la capacité du corps à détecter la baisse de la pression en oxygène. » Faire un tour chez son médecin traitant avant de s’envoler vers les sommets n’est pas une mauvaise idée.
Des effets ressentis dès 1400 mètres d’altitude
L’altitude a aussi sa part d’avantages physiologiques. Ne rêvez pas, si les risques de pathologies sont faibles quand on passe du temps à l’horizontale, exposé plein sud avec une paille dans la bouche, à l’inverse, les bénéfices de l’altitude ne seront pas décuplés non plus. À moins de vivre sur place.
« Les populations qui habitent entre 1 400 et 1 800 mètres d’altitude, en moyenne montagne, semblent avoir moins de pathologies métaboliques et cardiovasculaires que celles qui sont en vallée. Le corps semble bénéficier des avantages mis en place lors d’une exposition chronique à une hypoxie très modérée. » Une journée ne suffit pas. Monter en altitude c’est bien, en connaissant son environnement, c’est mieux.
Article issu du Dauphiné Libéré


