Les mushers peuvent trépigner d’impatience. Les chiens de traîneau, eux, aboient. Alors que l’univers du Grand Nord enveloppe Avoriaz, on entend des hurlements résonner au cœur de la station haut-savoyarde, ce samedi 10 janvier en début de soirée.
Sous les chutes de neige, Tornade, un husky, s’accroche à Stéphane Gueguin. Le Picard participe à son tout premier Trophée (course sur trois jours) lors de La Grande Odyssée Royal Canin avec sa fille, Émilie. Ils ont emmené 17 chiens mais seulement 12, six par attelage, courent lors de ce prologue. Dès que le Stake (le système d’attache) est en train d’être posé, les jappements commencent à se faire entendre.

« Certains se mettent parfois à hurler comme des loups »
« C’est ce qu’on appelle le “will to go”. Ils ont tellement envie de partir qu’ils aboient. C’est une scène assez incroyable à voir », souffle Annabel Kam, organisatrice. Caroline Didier, cheffe de l’équipe médicale, confirme : « L’instinct de ces animaux les pousse à courir et à tracter. Certains se mettent parfois à hurler comme des loups tellement leur volonté d’y aller est forte. »
Le changement de comportement des huskies, scandinavian hound ou encore des groenlandais, est impressionnant à observer avant le départ : « Ces chiens deviennent complètement différents après la phase de repos, quand ils se roulent en boule. Dès qu’ils commencent à sentir que la course se prépare et qu’ils comprennent qu’il y aura une activité sportive, ils commencent à aboyer et japper dans tous les sens pour témoigner de leur envie d’y aller », détaille la vétérinaire.
Ces aboiements traduisent une véritable « motivation », souffle Stéphane Gueguin. « Ces chiens sont nés pour courir », rappelle-t-il.
« Juste après le départ, ils n’aboient plus »
Ingrid Abraham, qui participe à sa première Grande Odyssée après avoir été en lice deux fois sur un Trophée, confirme : « C’est vraiment dans leurs gènes. Ils adorent ça depuis la nuit des temps, on n’a pas besoin de leur expliquer quand il faut y aller. Ils seraient vraiment malheureux s’ils ne couraient pas. » L’excitation peut être tellement forte qu’il peut être difficile à retenir certains chiens sur la ligne de départ.
Cécile Durand, qui est à sa seconde édition , laisse faire : « Comme ça, ils s’échauffent et ils sont prêts à tout donner lors de l’étape. » Ce soir-là, elle a sélectionné six femelles, avec Maya en tête. « Alors qu’il y a beaucoup de monde et de bruit, elles stressent moins que les autres pour le prologue », précise la musheuse du Tarn. Il faut aussi gérer la frustration de ces athlètes à quatre pattes qui ne partent pas. « Je les mets dans le box. Je sais qu’ils seront tristes et qu’ils vont pleurer un peu », indique Ingrid Abraham.
Mais pour ceux qui participent à ce prologue de 2,5 kilomètres, la magie du spectacle devient presque silencieuse dès que l’attelage est parti. On entend le musher donner les ordres et les encouragements du public. Moins les chiens comme Stéphane Gueguin le précise : « Juste après le départ, ils n’aboient plus. » Uniquement concentrés sur la compétition.
Article issu du Dauphiné Libéré


