L’Esat du Mont-Joly, à Sallanches, est un établissement important pour l’économie circulaire en Haute-Savoie. Dans l’atelier de reconditionnement de skis, installé dans ce qu’étaient les combles de la structure, plus de dix tonnes de matériel de sports d’hiver ont été reconditionnées en 2024. Reportage au cœur du réemploi d’une paire de skis.
En quelques étapes, une paire de skis collectée en déchetterie peut retrouver la saveur de la glisse sur les pistes. C’est un processus minutieux que maîtrisent les travailleurs de l’Établissement et service d’accompagnement par le travail (Esat) du Mont-Joly. À Sallanches, Quentin et son équipe, encadrés par Jeff et Lionel, réemploient des spatules. Et le résultat est bluffant. Dans le rack de départ pour la vente, même si le style de certaines paires trahit leur âge, on pourrait croire que c’est du neuf.
3 500 paires de skis recyclés en deux ans
L’atelier a reconditionné plus de dix tonnes de skis en 2024 et près de 3 500 paires en deux ans. Celles-ci ont trouvé preneur dans le magasin Freeglisse, partenaire commercial principal de l’établissement, ou dans des bourses aux skis.
Avant de retourner en station, c’est à la déchetterie d’Albertville que la seconde vie d’une paire de skis commence. Première étape pour les ouvriers du Mont-Joly, aller chiner en centre de tri. Dans le cadre du programme Ecologic, le matériel désuet est concentré dans le centre de collecte savoyard. Dix-neuf tonnes récupérées par l’Esat de Sallanches l’année dernière et 11 tonnes reparties sur le marché, cédées entre 30 et 120 € la paire.
Anciennement, l’atelier faisait office de combles. Désormais, c’est un lieu de haute précision, où zones de stockage, outils et machines occupent l’espace. Premier poste de travail, « l’espace de stockage et de tri des skis en fonction de leur taille, présente Quentin, seul ouvrier à plein temps dans l’atelier de reconditionnement. Ensuite, nous les passons au lavage, avec du produit, afin d’enlever les imperfections ». Un circuit bien établi guide le rétablissement de la paire. Au cours du processus, elle passe entre les mains d’agents qui interviennent en fonction de leurs capacités et de leurs compétences.
« De A à Z, nous vérifions tout »
Après le lavage du ski, vient le moment de décoller les étiquettes des différents commerçants qui s’en sont débarrassés. Ensuite, premier contrôle. « De A à Z, nous vérifions tout : les fixations, les vis, l’état du stop-ski », poursuit le skiman en formation, bientôt détaché un jour par semaine dans une entreprise de Chamonix. Principaux défauts constatés : « Des vis décollées, des fixations défectueuses, des stop-ski tordus et des trous dans la semelle ».
L’état des lieux terminé, place à un premier ponçage de la semelle, « pour dégrossir les petits défauts ». Puis, outil en main, l’ouvrier s’occupe de boucher les trous. Avant de poncer une seconde fois, avec une bande de finition. Poste suivant, celui de la réparation des fixations, avec le remplacement des vis abîmées ou décollées, voire du talon ou de la butée, si trop éreinté. Des caisses remplies de pièces détachées, récupérées sur d’anciens skis, attendent leur tour. Phase terminale : affûtage des carres, arrondissement du fil et coup de spray « pour faire briller ».
Une économie circulaire
C’est ça l’économie circulaire. L’engagement pris par l’Esat de Sallanches fait la fierté de ses agents et s’inscrit dans tout un écosystème, développé en partie par l’organisme Ecologic. Depuis trois ans, la structure à but non lucratif, agréée par l’État pour revaloriser du matériel de sport en France, se penche sur la montagne. En 2025, 280 tonnes d’équipements ont été récoltées à travers cette opération. « Face au réchauffement climatique, on ne peut pas faire grand-chose à titre individuel, explique Quentin Bellet, responsable des affaires publiques et de la communication d’Ecologic. Si ce n’est consommer mieux et donner au recyclage. En faisant cela, on est acteur. Chacun peut se saisir de la gestion de ses produits de consommation. Par rapport au bénéfice sur le territoire, les associations d’économie sociale et solidaire sont très impliquées, comme les entreprises ».
Objectif : doubler la collecte en 2026. Pour cela, Ecologic compte accroître son maillage du territoire. « Il faut que l’on arrive à être présents dans les autres massifs : les Pyrénées, le Jura, les Vosges, ajoute Quentin Bellet. Et puis, il faut que le dispositif gagne en notoriété. Parmi les territoires pilotes depuis le lancement, il y a le secteur d’Annecy. C’est une zone qui concentre des fabricants, des pratiquants qui consomment et une population qui a conscience de l’enjeu. Donc, qui est engagée ».
D’un programme national de recyclage, à l’Esat du Mont-Joly, mener une action responsable au bénéfice local reste le mot d’ordre général.
Article issu du Dauphiné Libéré





