Pour l’École du ski français de Saint-Sorlin-d’Arves, c’est une fierté : pour la première fois, elle compte un major à son effectif. Pour Johan Meyer, qui n’a appris son classement que le 20 novembre, lors de la soirée “Rouge légende” à Paris, c’est la sanction de beaucoup, beaucoup de persévérance. D’un parcours entamé en fait dès l’enfance, au Ski club de l’Étendard. La compétition, le ski-études au collège de Modane, une participation à la Scara, et la prise de conscience que malgré les bons résultats, cela va être compliqué de se lancer dans la compétition au niveau international.
L’année de ses 16 ans, cela devient une certitude : la passion du ski se vivra donc par le monitorat. Fin 2019, Johan obtient le cycle préparatoire, « un stage de deux semaines où l’on apprend à quitter la position du skieur de compétition pour passer à celle de l’apprentissage », explique-t-il. Ensuite, au fil des hivers et même des étés, sur glacier, lorsque ses études lui en laissent l’opportunité, se succèdent les stages, les formations, à un rythme effréné.

« Un des diplômes d’État les plus durs »
Tronc commun montagne, 1er cycle, maîtrise, snowboard, hors-piste… « Il faut entre trois et cinq ans », résume David Morelon, directeur de l’ESF de Saint-Sorlin, « c’est l’un des diplômes d’État les plus durs, beaucoup de pays nous l’envient, nous sommes des références mondiales ». Les jurys successifs, composés de délégués de l’École nationale de ski et d’alpinisme, de la Fédération française de ski, du Syndicat national des moniteurs de ski français, sont sans pitié.
Dans l’intervalle, Johan a commencé à enseigner. Aux débutants en tant que stagiaire, puis à tous, mais uniquement sur piste, en tant qu’aspirant. Son statut de major de promotion, attribué cette année à 10 moniteurs en alpin et deux en nordique, il le doit à l’ensemble de ses notes sur toute sa scolarité. La formation évolue sans cesse, s’adapte aux nouveaux rythmes des jeunes, mais aussi aux nouvelles pratiques. « Dans le nouveau diplôme, le snowboard est encore renforcé », révèle Johan Meyer. « Il a été rendu obligatoire dans le cursus du moniteur, on préférait ça que de voir fleurir des formations snowboard spécifiques », explique David Morelon, très impliqué dans la défense du métier.
Johan est, cette année, le seul Mauriennais major de promotion. C’est une belle mise en lumière pour son école et sa station. Pour lui, ce sont des émotions, et surtout une grande joie : celle de pouvoir faire de sa passion, son métier.
6 nouveaux moniteurs à Saint-Sorlin-d’Arves
C’est l’année des premières pour l’École du ski français de Saint-Sorlin-d’Arves. Elle n’avait jamais compté dans ses rangs de major de promotion : avec Johan Meyer, c’est fait. Elle n’avait jamais enregistré, non plus, six nouveaux moniteurs en une seule fois. La soirée “Rouge légende” du 20 novembre en a adoubé, outre Johan, cinq autres : sa cousine Alizée Voutier, ainsi que Laura Sibué, Romane Morelon (fille de David), Tanguy Jaccoud et Julien Pagliero.
L’ESF compte 70 moniteurs, dont au maximum 59 en activité en même temps, y compris les neuf septuagénaires qui viennent prêter main-forte en février.

S’il y en a un qui est fier de la médaille de Johan Meyer, c’est bien Roger Voutier. « Mon grand-père, sourit le major de promo, il a 84 ans et n’enseigne plus, mais c’est lui qui nous a appris à skier. »
Nous ? C’est que dans la famille, le pull rouge est inscrit ans les gènes. Valérie Voutier, la maman de Johan, est monitrice, « mon oncle Stéphane aussi, et mon frère, mon cousin, ma cousine », sourit le lauréat. La cousine, c’est Alizée Voutier, diplômée le même jour que Johan. La famille représente donc une proportion notable de l’ensemble de l’effectif de l’ESF (70 moniteurs).
Rien d’anormal à cela, dans un village de quelques centaines d’habitants. Et puis, la tradition familiale n’empêche pas une certaine évolution dans la façon d’envisager le métier. Johan ne sera pas sur les pistes à temps plein cet hiver. « Je suis ingénieur », explique-t-il. Après ses études à Polytech Annecy, il a été recruté par une entreprise suisse. Il sera donc en renfort de l’équipe de l’ESF pendant les six plus grosses semaines de la saison, pour les vacances de fin d’année et celles de février, où son employeur le libère pendant un mois.
Pour David Morelon, c’est un modèle de plus en plus fréquent. « Sur nos six diplômés de cette année, deux ont fait des études qui les éloignent du modèle traditionnel » de la bi-activité. Dont Romane, sa propre fille, qui entame une carrière de professeur des écoles. Ces jeunes moniteurs ont un métier à temps plein, et enseignent le ski à côté, en plus. Ce faisant, ils assurent leurs arrières, mais ils s’ouvrent des portes plus que ce qu’ils ne les ferment : « Là, j’ai un mois pour venir faire mon métier passion, mais on ne sait jamais, dans l’avenir ça pourrait évoluer vers un hiver complet », imagine Johan Meyer. Rien n’est écrit.
Article issu du Dauphiné Libéré