Pour la première fois, une étude scientifique, publiée en octobre, vient interroger les conséquences écologiques et environnementales d’une pratique sportive en plein boom : le trail. Par le suivi sur dix ans, et sur plusieurs centaines de bouquetins et chamois, des scientifiques ont confirmé l’existence de “couloirs de la peur” chez ces bovidés obligés de parcourir des centaines de mètres, par peur des hommes. Philippe Gamen, président du parc naturel régional du massif des Bauges, réagit.
Comment percevez-vous cet enjeu de protection de la faune avec la pratique du trail ?
« Quand on commence à avoir des participants en grande quantité sur les aires de départ, d’arrivée, au niveau des ravitaillements, et sur les sentiers, cela devient problématique. Des études scientifiques très précises ont montré que les chamois vont dépenser énormément d’énergie pour s’éloigner des sentiers du fait de la présence humaine. Rien que durant les week-ends, ils augmentent leurs déplacements de 20 % en dénivelé et de 14 % en distance par rapport à la semaine, en raison de l’augmentation de la fréquentation des trailers, des randonneurs, des pratiquants de parapente, etc. Il ne faut pas empêcher ces pratiques qui ont un effet positif sur les humains, mais nous menons des réflexions. Nous sommes passés de petites associations locales qui organisaient des épreuves de trail, c’était confidentiel, à des sociétés privées qui ont une force de frappe phénoménale en matière de communication, et qui sont là pour faire du bénéfice. Pour l’instant, ça se passe bien, mais nous réfléchissons. »

« C’est un sujet de réflexion au niveau du parc des Bauges »
Quelles sont vos actions pour améliorer la protection des animaux ?
« Par de la communication et de la pédagogie. Nous avons également embauché deux gardes champêtres qui sont mis à disposition des mairies quand on a des conflits d’usages durs. C’est une police rurale qui est capable de porter une pédagogie et de verbaliser. La politique des parcs naturels régionaux est plutôt de convaincre que de contraindre. Sur la pratique nocturne en revanche, quelle qu’elle soit, à un moment donné il va falloir fixer des limites à ne pas franchir. La nature a besoin de se reposer. La faune nocturne a besoin de tranquillité parce que c’est la nuit qu’elle va vivre, se nourrir, se reproduire. »

Est-ce que ça signifierait une interdiction de la pratique du trail à certaines heures ?
« C’est un sujet de réflexion au niveau du parc des Bauges. Si on doit le faire, ça sera des arrêtés municipaux pris par les maires qui le souhaitent. Nous pourrons apporter une aide juridique pour que les textes votés en conseil municipal soient très solides. C’est là ensuite que les gardes champêtres interviendront. Il va falloir y aller à un moment pour respecter la biodiversité nocturne. Des maires, des éleveurs et même des habitants se plaignent de plus en plus. Si on décide qu’à partir de 22-23 heures plus personne ne doit courir dans les forêts et sur les alpages alors oui, ça passera par de la verbalisation. »
Article issu du Dauphiné Libéré