Frédéric Bonnevie, directeur général de la Stor à Orelle, 46 ans, succède à Eric Viallet (toujours au comité directeur et président d’honneur, pour assurer la transition) à la présidence de l’association des directeurs de services des pistes et de la sécurité des stations de sports d’hiver (ADSP) et de près de 2 000 pisteurs en activité hivernale.
Les pisteurs restent sur un hiver stable en termes d’accidentologie…
« Il y a eu 51 000 interventions à l’échelle nationale l’an dernier, dont 25 000 en Savoie. On travaille activement pour limiter ces accidents et comportements dangereux. Ça passe par du jalonnage, du balisage, du damage, des outils technologiques, mais aussi par la présence sur le terrain. Il y a toujours une forte appétence pour la montagne avec une bonne fréquentation et un nombre de passages en constante évolution. Les collisions (entre 3 et 5 %) ont diminué. Les causes d’accidents graves sont multifactorielles : qualité de la neige, comportements, vitesse, équipement… mais aussi des phénomènes de société (drogue et alcool) qu’on traite avec les forces de l’ordre. »
« Le pisteur n’est pas gendarme »
Un sentiment d’insécurité ressort des enquêtes, comment répondre ?
« On n’a pas de rôle à caractère répressif : c’est du préventif, de l’information. Le pisteur n’est pas gendarme. Les messages sont d’autant plus porteurs quand la discussion est établie. Il faut mener plus de campagnes de sensibilisation sur ce sentiment, mais aussi sur le hors-piste. On va intensifier davantage les patrouilles : elles font partie de notre quotidien, c’est là qu’on arrive à évaluer la situation sur le terrain. C’est essentiel de communiquer avec le pratiquant, professionnel ou pas. Une large campagne va associer tous les acteurs de la montagne, en complément d’une communication ciblée (sur les phénomènes de retour d’est par exemple) et des opérations ponctuelles, sur des supports locaux. Tous les acteurs du secours sont mobilisés sur ce sujet. On doit parler d’une seule et même voix. »

Port du casque : « en France, il y a eu une prise de conscience »
L’Italie vient de rendre le casque obligatoire, est-ce une solution ?
« En France, il y a eu une prise de conscience (neuf skieurs sur dix le portent), mais ce n’est jamais suffisant. Tout le monde se rend compte qu’il fait partie des fondamentaux au même titre que le triptyque sonde-DVA-pelle en hors-piste. On le met sur la tête sans s’en rendre compte. L’évolution technologique fait qu’ils sont efficaces, légers, ergonomiques, mais ça ne veut pas dire qu’on est intouchable. Autant mettre toutes les chances de son côté pour se prémunir. Les professionnels aussi doivent être exemplaires. »
Le souhait d’une tenue uniformisée des pisteurs se concrétise-t-il ?
« On s’est appuyé sur le retour des clients pour savoir comment ils nous percevaient sur les domaines. On avait des tenues majoritairement noires, avec du jaune, et ça ne répondait pas aux attentes. Le rouge permet d’être identifié et identifiable. On a travaillé sur une charte pour une tenue nationale. Depuis un an et demi, le projet a abouti. Une vingtaine de stations y sont passées. On ira vers les clients, mais eux pourront venir plus facilement. Ça passe aussi par des actions renforcées en matière d’accueil, d’information, de prévention, pour communiquer sur qui on est, ce qu’on fait. Il y a beaucoup de savoir-faire chez nous, il faut qu’on le fasse savoir aussi. On encourage à se perfectionner sur les langues vivantes pour aller vers les clients étrangers. »
« Une remise en question permanente »
La reconnaissance du métier et un travail sur la régulation des secours sont aussi vos objectifs…
« Le rôle de l’ADSP est de défendre les intérêts de la profession et valoriser le travail de l’ensemble des acteurs : pisteurs secouristes, dameurs, nivoculteurs, mais beaucoup d’autres contribuent aussi. Comme les régulateurs (qui font l’interface avec les différents partenaires, le traitement des appels…), les mécaniciens, les transports en bas de piste… On a atteint des limites avec le système de santé. On est à l’écoute pour être force de proposition. Pour que les pisteurs soient sur les pistes, il y a du monde derrière. La vie des services des pistes ne s’arrête pas à la saison (entretien, travaux, maintenance). Ça passe aussi par une remise en question permanente avec des formations certifiantes : des discussions sont en cours avec les autorités pour reconnaître nos différentes qualifications. Nous souhaitons être aux côtés des acteurs pour la pleine réussite des JOP 2030. »
Article issu du Dauphiné Libéré