Collisions entre skieurs : les pistes faciles épinglées par l’Académie de médecine

La fin de saison approche et bien malin qui peut dresser un bilan exhaustif de l’accidentologie sur les pistes. Le système national d’observation du secours en montagne (SNOSM) n’a pas encore livré son analyse et les tendances seraient plutôt à la baisse en nombre d’interventions avec quand même une dizaine de décès pour raisons traumatologiques, dont deux par collisions entre skieurs.

L’hiver précédent, aux conditions d’enneigement difficiles, avait connu une accidentologie soutenue, avec 16 décès sur les pistes. Si la collision entre usagers marque les esprits, c’est qu’elle se solde bien souvent par des blessures graves voire des morts. Avec 1046 cas recensés (NDLR : sur un panel de 52 station), 2023/24 apparaissait comme le deuxième hiver le moins concerné depuis dix ans, mais 2022/23 avec 1496 collisions avait frôlé le pic de 2010/211 où la barre des 1500 chocs entre usagers avait été franchie. Et 2021/22, saison de reprise post Covid, avait été marquée par la mort de l’acteur Gaspard Ulliel à la Rosière et d’une fillette à Flaine dans ces circonstances.

Le 10 avril dernier, l’Académie nationale de médecine adressait un communiqué, s’alarmant « du niveau toujours élevé de la gravité de l’accidentologie par collisions entre skieurs ». Depuis plus de dix ans, ces accidents graves touchent plus d’un millier de personnes chaque année. « En particulier sur des pistes faciles et bien damées, formant des « boulevards » propices à des vitesses élevées. C’est le lieu où se côtoient des skieurs à l’arrêt ou évoluant à faible vitesse, notamment des enfants ou des adultes en apprentissage, et d’autres descendants à grande vitesse, méconnaissant ou négligeant les règles de prévention des accidents sur piste ». Et de s’émouvoir de l’exposition des « skieurs débutants qui, préoccupés par l’aval de la piste, ne voient pas venir ceux qui les percutent. »

Photo Le DL/Denis Masliah
Photo Le DL/Denis Masliah

Les recommandations de l’Académie de médecine

L’Académie formule plusieurs recommandations, comme améliorer la signalétique pour rappeler que le skieur aval est prioritaire et appeler à la maîtriser de sa vitesse en insistant sur les responsabilités civile et pénale. Elle demande aux responsables de station d’améliorer la gestion de la circulation sur les pistes et de faciliter la prise de conscience des dangers chez les skieurs. Par ailleurs, elle soutient la mise en place d’une surveillance des pistes, afin de faire « respecter les règles de bonnes conduites et réguler les comportements dangereux ».

Du côté de la Fédération nationale de la sécurité et des secours sur les domaines skiables (FNSSDS), on a lancé une réflexion en vue de relancer l’hiver prochain une grande campagne de prévention harmonisée pour toutes les stations. Alors que la question de la répression des mauvais comportements revient régulièrement dans les débats, elle se heurte à des freins culturels et juridiques dans la profession, qui entend privilégier l’information des usagers et la revalorisation des pisteurs secouristes.

Selon Ludovic Richard, en charge du SNOSM, et co-rapporteur du groupe de travail de la FNSSDS, il s’agit de véhiculer les mêmes messages avec des supports visuels dans toutes les stations. Le dispositif pourrait s’appuyer sur les expériences menées dans plusieurs stations comme « Ski safe » aux 2 Alpes, où une partie des pisteurs secouristes sont détachés pour faire de la prévention et de l’analyse de l’accidentologie, ou à Flaine avec l’utilisation de nouvelles technologies comme les drones et l’intelligence artificielle pour renforcer la sûreté des pistes.

Les 10 règles du skieur

En 2023, le ministère des Sports avait tenté de remettre au goût du jour les dix règles du skieur, affichées sur les pylônes de télésièges, en simplifiant les messages clés : maîtriser sa vitesse, respect des autres, priorité au skieur aval… Mais la consigne avait été inégalement appliquée. Le non-respect de ces règles établies par la Fédération française de ski peut confondre un “délinquant” des neiges devant la justice.

On relèvera que l’Académie de médecine n’a pas fait de préconisation concernant l’obligation du port du casque. Selon les dernières études du SNOSM, près de 9 skieurs sur 10 sont désormais équipés sur les domaines français.

Alors que les chiffres de la saison en cours ne sont pas stabilisés, en 2023/24 le SNOSM avait déploré une accidentologie globale sur les pistes encore à la hausse pour le troisième hiver consécutif, avec 53 559 interventions des services de pistes dans les massifs français, et 96% des accidentés victimes de chutes, seuls en cause. Et de noter une baisse de 4,5 % des collisions entre skieurs et un ratio encourageant, selon le SNOSM de 22 127 journées/pour une collision. Le meilleur depuis 10 ans. De même le chiffre de 1046 accidents par collision concerne un panel de 52 stations, et là aussi c’était la deuxième valeur la plus basse depuis douze ans et le pic de 1624 enregistré en 2010/21. Sur les seize décès traumatiques constatés sur et près des pistes, un seul était lié à une collision entre usagers, en revanche cinq ont été le fait de collisions contre obstacles.

Article issu du Dauphiné Libéré

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