Le Courteloz et Plan Lachail auront bientôt débarrassé le plancher des vaches. Ces deux téléskis, vestiges du stade de neige de Notre-Dame-du-Pré, près de Moutiers en Tarentaise (Savoie), mis à l’arrêt l’an dernier, sont en train d’être démontés par les techniciens de la Société d’Aménagement de la Plagne (SAP) et des Arcs (ADS). Deux stations qui composent le domaine Paradiski le plus fréquenté au monde, sur le versant d’en face. La SAP et ADS vont bénévolement rendre le site à la nature. Symbole de l’air du temps qui voit les grandes d’altitude battre des records quand celles situées plus bas souffrent du climat et d’un modèle économique pas toujours adapté.
En Isère, c’est sans doute un autre leader français, SATA Group, exploitant l’Alpe d’Huez, les 2 Alpes et la Grave, sorte de Compagnie de l’Oisans, qui va sauver la voisine de l’Alpe du Grand Serre, en sursis depuis plusieurs hivers et dont le destin alimente un feuilleton anxiogène pour les 200 emplois qui en dépendent. « Rien n’est officiel encore », nous signifie Fabrice Boutet, patron de SATA Group.
L’opérateur, qui était prêt à recaser le personnel du Grand Serre dans ses stations, assumerait le financement de la grande inspection du télésiège partant du front de neige et exploiterait le domaine, faisant le deuil de sa redevance. Voilà qui tempère l’image que les associations environnementales tentent de coller à cette société d’économie mixte (Plus de 50 % de capitaux publics) sur le projet contesté de téléphérique du glacier de la Girose à La Grave (Hautes-Alpes).

Une fréquentation hivernale a bondi de 5,5 %
Deux exemples qui illustrent l’enjeu du congrès des Domaines skiables de France (DSF), en cette entame d’octobre à Toulouse. 800 acteurs des 250 stations françaises ont été réunis pendant deux jours. À première vue, la filière se porte bien. Elle a réalisé deux milliards de chiffre d’affaires sur 2024/25 (+11 %), sa fréquentation hivernale a bondi de 5,5 %.
Et la France reste solidement accrochée à son rang de deuxième destination pour les sports d’hiver avec 54,8 millions de journées skieur, niveau pas atteint depuis onze ans. Seuls les États-Unis font mieux. Et les voisins alpins se portent bien aussi, l’Autriche, troisième, ou la Suisse qui, malgré un hiver doux, signe un record de fréquentation depuis quinze ans et un chiffre d’affaires historique.
Une belle santé qui contraste avec l’effet loupe sur les deux à trois stations de moyenne altitude menacées chaque année de fermeture. Et qui estompe une réalité : les 100 premières stations réalisent 98 % des recettes quand les 100 plus petites sont exposées aux aléas climatiques. Et cet écart se creuse.
« Or, les petits sites sont la première porte d’accès au ski », dixit Alexandre Merlin, patron de Saint-Gervais (Haute-Savoie). Idéal pour l’apprentissage, réservoir des clientèles de demain. Aussi la filière entend resserrer les rangs. Depuis 2001, la chambre professionnelle a institué la police d’assurance NIVALLIANCE limitant chaque hiver « les conséquences financières des accidents d’enneigement ». Un dispositif de solidarité financé à 100 % par l’ensemble des domaines français qui en 20 ans a débloqué 23 millions pour indemniser les stations impactées.
« Les plus robustes aident les fragiles »
Depuis l’an dernier, la corporation entend aller plus loin dans la démarche de « cordée ». « Les plus robustes aident les fragiles. Sachant que nous sommes des agriculteurs de la montagne, on compose avec la météo » assure Anne Marty. DSF recense 113 petits domaines et 33 de taille moyenne, quand 44 grands et 15 très grands domaines jouent la ligue des champions captant une clientèle internationale (Un tiers des visiteurs des massifs).
Et la solidarité des seconds envers les premiers c’est le credo de la nouvelle présidente de DSF, Anne Marty, patronne du groupe pyrénéen Alti Service (Font Romeu, Saint-Lary, téléphérique de Toulouse). « La France compte 250 stations, des grands acteurs internationaux aux modestes acteurs locaux, publics, privés, associatifs. Le ski reste leur dénominateur commun et chacun a sa place. Il est vital pour la filière que les sites les plus fragiles soient soutenus afin d’éviter leur fermeture prématurée quand c’est possible ».
Un parrainage des plus fragiles
Après la création l’an dernier d’une commission solidarité, cette année DSF a acté le principe du parrainage des plus fragiles qui se verront proposer l’assistance d’une station selon le partage de ressources en proximité : assistance technique, financière, administrative ou juridique. Et on parle d’un service personnalisé pour les 100 plus fragiles.
Reste le sujet de la transition, inéluctable pour un syndicat qui il y a quinze ans encore s’appelait « Syndicat national des téléphériques de France ». « Aujourd’hui, l’été ne représente que 5 % de notre activité », rappelle Anne Marty. Chamonix et ses sites touristiques est un cas à part.
Pour Yves Dimier, patron de Val-Cenis, « la transition demandera du temps et pas de précipitation. On y réfléchit tous les jours. Aujourd’hui 10 % de l’offre ski est menacée à l’horizon 2050. » Ce chiffre est issu de la dernière étude scientifique en mai dernier de Météo France et l’INRAE sur une trajectoire climatique à +4 °C à la fin du siècle. Malgré la neige de culture, des dizaines de stations sont à la croisée des chemins.
Cet automne, Saint-Colomban-des-Villards (Savoie) a décidé de limiter son ouverture à son front de neige, alertée par les services de l’État suite à ses déficits récurrents. En Chartreuse, Saint-Pierre démonte ses porteurs et le massif voit ses sites gérés en mode associatif par des bénévoles. Peut-on parler de désarmement ? À la veille des municipales, selon les secteurs le sujet est sensible. Depuis 2020, Domaines Skiables de France réalise chaque année une opération de démontage. C’est l’un des 16 éco-engagements pris en 2019. À ce jour, il resterait 69 appareils obsolètes sur 40 sites dans cinq des six massifs montagneux.
Article issu du Dauphiné Libéré