Le maire de Tignes, Serge Revial et son premier adjoint Olivier Duch, président du conseil de surveillance d’Allta, reviennent sur les arguments qui ont poussé la commune à faire le choix de la SPL pour la gestion des remontées mécaniques.
« Il faut parler de 3,5 millions d’euros par an »
Dans une interview, l’opposition municipale a jugé sévèrement le choix d’une société publique locale (SPL) pour la gestion des remontées. C’est une attaque politique ou une inquiétude légitime ?
Serge Revial : « S’exprimer sur un tel sujet, c’est la démocratie et c’est normal. En revanche, ce qui n’est pas possible, c’est d’évoquer des chiffres qui ne sont pas les bons : le débat doit se faire sur des bases saines. Si nous avions réellement reçu 180 millions d’euros, nous ne nous serions pas lancés dans la SPL. Évidemment, ce n’est pas le cas. »
Quel est alors le véritable montant des sommes versées actuellement par la STGM à la commune ?
Olivier Duch : « Tout compris, entre la redevance remontées mécaniques et les dividendes versés – puisque nous sommes actionnaires — il faut parler de 3,5 millions d’euros par an. On est donc très loin des sommes avancées. J’ajoute qu’il est normal que le forfait finance la sécurité des pistes et le damage. Comme on dit, la montée doit financer la descente. »
« Nous tablons plutôt sur 300 millions de levée de fonds »
La commune de Tignes prendra sa part du capital de la SPL, soit 90 %, pour 23 millions d’euros. Ce sera sa seule dette ?
S. R. : « Oui, bien sûr ! L’engagement de la commune se limitera au capital social d’Altta ( NDLR : le nom retenu pour la SPL), pour le montant que vous venez d’évoquer. Il était hors de question de prendre une autre décision, qui mettrait en péril la station. »

L’emprunt nécessaire pour lancer les activités d’Altta sera donc de la dette privée, pour 340 millions d’euros ?
O. D. : « C’est tout à fait ça. Il s’agira de racheter à la STGM les infrastructures ainsi que des logements et de financer les premières années du plan pluriannuel d’investissements. Au départ, les projections partaient sur un emprunt de 340 millions d’euros. Désormais, nous tablons plutôt sur 300 millions de levée de fonds. Mais la philosophie reste la même : ce ne sera pas de la dette publique, car la SPL relève du droit privé. C’est la même chose qu’une SEM et il n’y a rien d’extraordinaire là-dedans. »
« C’est un contrat de 30 ans »
340 ou 300 millions, ce sont des sommes considérables. Avez-vous la garantie d’être suivis ?
O. D. : « Les négociations financières sont déjà, bien sûr, engagées. Pour l’heure, les offres indicatives des banques -c’est-à-dire ce qu’elles sont disposées à nous prêter – dépassent les montants dont nous avons besoin. Et des établissements bancaires sont intéressés bien au-delà des Alpes. C’est évidemment une étape-clef et, dès le début, s’il n’y avait pas eu de répondant, nous aurions bien sûr dû activer un plan B. »
Techniquement, quel sera le lien entre la SPL et la commune ?
S. R. : « C’est un contrat de 30 ans. Il y a des engagements, le versement d’une redevance… Mais comme le contrat n’est pas le fruit d’un appel d’offres, il peut être plus facilement amendé. C’est une solution pragmatique. On ne choisit pas la facilité, c’est audacieux mais raisonnable. »
« Notre engagement est juste de nous recentrer sur l’Europe »
Quelle sera la gouvernance de la SPL ?
S. R. : « Il y aura deux têtes. Les élus ne seront pas techniquement aux commandes, ce n’est pas leur rôle. Ils seront représentés dans un conseil de surveillance, qui donnera la stratégie, la volonté de rendement, dressera des pistes pour la mobilité, l’aide au logement, la diversification pour compléter le ski. Un directoire pilotera l’opérationnel. »
O. D. : « Le ski reste l’avenir et nous avons la vocation de travailler à l’international, il n’y a pas de débat. Notre engagement est juste de nous recentrer sur l’Europe. Même si le reste du monde est le bienvenu, nous avons les moyens de créer une croissance durable autour de la clientèle du Vieux continent. »

« S’ils n’avaient pas été courageux, Tignes n’en serait pas là aujourd’hui »
Pourquoi créer une SPL plutôt que relancer une délégation de service public ?
S. R. : « Nous avons beaucoup réfléchi. Mais relancer aujourd’hui un contrat pour 25 ans, avec les incertitudes sur l’avenir, le climat, c’était difficile. Et puis, vous savez, les échanges avec la Compagnie des Alpes (NDLR : maison mère de la STGM) étaient compliqués. Dès qu’on parlait d’argent, le regard devenait… moins constructif. Les investissements n’étaient pas forcément à la hauteur : avoir une seule nouvelle navette, c’était parfois trois mois de négociations… Certes, on aurait pu passer par une SEM, mais nous n’étions pas sûrs qu’elle emporte l’appel d’offres. C’est ce qui nous a conduits à relever nos manches, même si cela nous engage et oblige à un résultat. Après 24 mois de réflexions, de consultations, nous avons fait ce choix qui nous engage, celui de prendre notre destin en main. Finalement, nous devons être à l’image de ceux qui nous ont précédés dans les années 50, lors de la construction du barrage. S’ils n’avaient pas été courageux, Tignes n’en serait pas là aujourd’hui. »
Article issu du Dauphiné Libéré