« L’IA est tellement associée à des fantasmes que l’anxiété est redoublée. » Devant une assistance nombreuse, Agnès Helme-Guizon, professeure des universités, tente de prendre du recul lors d’un débat sur les impacts de l’intelligence artificielle sur les secteurs du sport, du tourisme et de l’événementiel. Il est organisé en cette fin janvier, à l’université Grenoble Alpes, lors de la 6e édition de Sharing for the futur, organisée le Master SEST (formation professionnalisante en évènementiel sportif, tourisme sportif, économie et management du sport) et Cluster Montagnes.
Coporteuse de la chaire transformative “AI et Social change” à l’UGA, Agnès Helme-Guizon évoque notamment des « modèles IA » pour un « tourisme durable » avec « l’optimisation énergétique » et le « flux de visiteurs » sur des problématiques de « surfréquentation ». Tout en alertant sur les « risques » si ces nouvelles technologies ne sont pas maîtrisées avec un cadre et une éthique, entre « erreurs opérationnelles » et « manque d’humanité » lors de la relation avec le client.
En recourant à l’IA depuis de nombreuses années, Bluecime a d’abord travaillé sur une base de données vérifiée par « l’humain ». La société, créée en 2015 avec son siège social à Montbonnot-Saint-Martin près de Grenoble, propose « des solutions innovantes » aux domaines skiables. Le déclencheur ? « Une série de chutes sur des télésièges avait eu lieu il y a plus de dix ans avec, parfois, des conséquences graves, ce qui avait incité, à l’époque, les acteurs concernés à se réunir pour trouver des solutions. Nous avons, de notre côté, développé les nôtres », rappelle Fabrice Aubouy, directeur opérationnel.

« Nous avons gagné en vitesse et précision »
Le Sivao, pour système intelligent de vision artificielle par ordinateur, voit le jour. « Il s’agit d’utiliser le traitement d’images pour pouvoir analyser la position du garde-corps du télésiège afin d’améliorer la sécurité », explique-t-il. Un système a aussi été créé pour les télécabines afin d’éviter le surnombre. Ce « troisième œil » doit servir de soutien au personnel des remontées mécaniques : « La station est responsable du fait que les gens soient bien embarqués. L’objectif de nos solutions n’est pas de déresponsabiliser mais d’être une aide pour que le personnel puisse pleinement remplir aussi ses missions d’accueil, comme installer les enfants sur le télésiège. »
L’IA a été une aide précieuse afin de développer ces dispositifs : « Elle a été intégrée aux alentours de 2017 et 2018. Avant, il fallait une journée entière, voire deux, pour configurer le système d’un télésiège. Nous avons voulu industrialiser notre process et rendre nos algorithmes plus performants en ajoutant des briques d’intelligence artificielle d’apprentissage profond. Nous avons ainsi gagné en vitesse de déploiement et en précision. Cela permet, par exemple, de bien distinguer (par le traitement des images en direct, NDLR), sur le télésiège, enfant et adulte ou encore faire la différence entre un handiski et un vélo », précise Fabrice Aubouy.
Mais le socle de cet « apprentissage automatique » permis par l’IA, repose sur des informations vérifiées par l’humain. « Plus la base de données va être riche et surtout sans erreur, plus l’IA sera performante et reconnaîtra correctement les différents cas. C’est pour ça que, derrière une intelligence artificielle, il y a forcément des humains qui vont renseigner une base de données et pouvoir faire l’apprentissage à cette IA », poursuit le directeur opérationnel de Bluecime.
Avec ces « solutions innovantes », la société a réussi à se développer bien au-delà de la France, s’exportant en Suisse, Italie, Espagne, Scandinavie, en Amérique du Nord et, à l’autre bout du monde, en Nouvelle-Zélande. Elle a aussi réalisé un « rapprochement » avec le groupe italien HTI (Leitner, Poma, Bartholet…) qui détient désormais « un peu moins » de 20 % du capital. Ce qui permet de proposer aux stations de nouvelles remontées mécaniques avec, déjà, l’intégration des dispositifs de Bluecime.
Article issu du Dauphiné Libéré