En plein cœur du vallon du Lou, à 2 045 mètres d’altitude, sur le toit d’une cabane, une box s’ouvre, un bourdonnement se fait entendre et un drone décolle. Sans pilote à proximité. Depuis janvier, le drone autonome de la régie des pistes des Belleville est entré en activité. « On passe un cap », sourit Olivier Gardet, directeur technique du service des pistes, en regardant les images depuis son bureau aux Menuires, à quatre kilomètres à vol d’oiseau. Plus besoin pour les pisteurs de jumeler depuis le versant d’en face en cas de secours.
Pionnière, dès 2019, en matière de drone, aux abords des domaines skiables, la régie des Belleville a mis à profit son retour d’expérience pour développer ce nouvel engin, en complément de deux autres drones ( un aux Menuires, l’autre à Val Thorens depuis 2022 ). « L’innovation fait partie de l’ADN des Belleville. Nous avons essayé, nous avons fait des erreurs, mais le drone facilite aujourd’hui les missions de secours, c’est une vraie avancée au service des pisteurs », reconnaît Benjamin Blanc, directeur de la régie. Il permettait déjà la localisation d’une victime, le guidage et la sécurité des pisteurs, le survol des coulées ou le contact avec un blessé via son haut-parleur…
« Le meilleur combo reste un pisteur-droniste »
Depuis le premier secours en février 2020 , le drone est intervenu une trentaine de fois l’hiver dernier. « On a essayé plusieurs schémas et le meilleur combo reste un pisteur-droniste qui associe ses connaissances (du terrain, de la météo, de la nivologie) à sa spécialité. Mais il fallait plusieurs télépilotes certifiés et des recyclages, projeter l’homme et la machine assez près. Ce drone autonome (23 000 euros en leasing) lève ces petites contraintes », souligne Olivier Gardet, lui-même télépilote depuis 2013.
En collaboration avec la Direction générale de l’aviation civile, quatre itinéraires de vol ont été préenregistrés pour le vallon du Lou (jusqu’à mille mètres de distance et 30 mètres de haut en suivi terrain), en fonction des interventions passées et sans jamais survoler de piste. « Ces cinq dernières années, c’est dans ce secteur qu’on déployait le drone les trois quarts du temps », poursuit le directeur technique.
Depuis Les Menuires (pointe de la Masse) et Val Thorens (cime Caron et Boismint), le hors-piste est facile d’accès, sans compter les randonneurs, les raquettistes. « C’est un secteur très pratiqué, très vite tracé à la moindre chute de neige, mais il y a des rochers, des pentes dangereuses… des pièges pour les secours en barquette », explique Charlie Bondier, pisteur. « Le drone autonome, qui décolle en dix secondes, permet de se projeter très rapidement », ajoute Benjamin Blanc.
« Une adresse internet et un mot de passe suffisent »
Au sein de la régie des pistes, ils sont sept habilités (après quatre heures de formation au logiciel) à le faire décoller, à partir de n’importe quel ordinateur, tablette ou même portable. « Une adresse internet et un mot de passe suffisent. » Une fois en l’air, sa panoplie technologique est bluffante : haut-parleur, phare, zoom x 112 pour voir jusqu’à plus de deux kilomètres, trois caméras en une (large, zoom et infrarouge, précieuse pour les images de nuit ou par temps de brouillard), pointeur laser pour donner une distance et un point GPS précis… Et l’intelligence artificielle fait le reste : possibilité de “tracker” et suivre un skieur, couplage des images réelles et thermiques… « Il est même capable de compter le nombre de personnes dans le champ de la caméra. »
Pour éviter toute panne de réseau, la régie des pistes a établi un pont wifi depuis Les Menuires (en plus des réseaux Starlink, connexion haut débit depuis l’espace, et 4G-5G) et doté les abords du décollage de deux caméras et d’une mini-station météo, avec un anémomètre. « Il peut voler jusqu’à 45 km/h de vent, avec une autonomie de 20 à 30 minutes suivant la météo et se recharge en 17 minutes. Trois systèmes de sécurité à partir d’une carte SIM connectée à sa box l’empêchent de partir dans la nature », conclut Olivier Gardet.
S’il n’est pas encore vraiment efficace pour les recherches en avalanche (malgré des essais munis d’un détecteur de victimes d’avalanches), le drone offre la possibilité de faire un panorama du site en début de journée, de se projeter sur une coulée pour voir l’ampleur, les éléments de surface éventuels (bâtons, skis…), les traces entrantes et sortantes et adapter le plan de secours. « Il faut que la technologie soit facile, un accélérateur et pas un frein. Cette association des deux IA (intelligence artificielle et intelligence artisanale) apporte un outil supplémentaire, mais ne remplace pas l’homme », insiste Benjamin Blanc. C’est toujours le duo homme-chien qui sort la victime de l’avalanche…
Article issu du Dauphiné Libéré





