Mont-Dauphin, nouveau Plus Beau Village de France : un joyau caché derrière les remparts de Vauban

Depuis la vallée de la Durance, les remparts de la place forte de Mont-Dauphin entretiennent un certain mystère. Que se passe-t-il, là-haut, sur ce plateau battu par les vents ? Que cache l’enceinte dessinée par Vauban ? L’un des Plus beaux villages de France, pardi ! La commune a été labellisée fin juin, rejoignant ainsi pour le département des Hautes-Alpes, celle de Saint-Véran.

Vendredi 11 juillet, les rues de Mont-Dauphin ne sont pas encore arpentées par une foule de touristes. Le calme avant la déferlante estivale pour les habitants, les commerçants et les quelques visiteurs. « On s’attendait juste à des fortifications, pas à trouver un village ici… On passait souvent devant via la route nationale, sans se douter qu’il y a de la vie ici ! »

« Ici, on se connaît tous »

Venus d’Annecy (Haute-Savoie) pour des vacances, Mauricette, Marie-Christine et Jean-Marc viennent de sortir de l’église Saint-Louis. L’édifice, un peu à l’écart du centre de la place forte abrite une exposition de photographies prises par les habitants. « C’est leur point de vue du village, explique le maire Cyr Piaton. Ici, on se connaît tous et on apprécie les temps de village en dehors de la saison touristique : c’est ce que l’on a voulu montrer avec cette petite exposition. »

“Villages”. Le mot a fait tilt pour le jeune édile et son conseil municipal lorsque, il y a près de deux ans, l’association gérant le label Plus beaux villages de France s’est présentée à la commune. Le réseau de 182 villages de 2000 habitants maximum ,Mont-Dauphin en compte 169, a décliné ses nombreux critères aux élus. « Il y a ceux patrimoniaux, l’entretien des espaces verts, bien sûr. Mais aussi ceux sur une vie de village à l’année, animée », relate Cyr Piaton. Une vie qu’il compte bien mettre en avant.

La vie dans un village fortifié

« C’est l’une des premières surprises des visiteurs lorsqu’ils viennent à Mont-Dauphin : découvrir que la place forte abrite un village, dit-il en écho au trio annécien. Le mot de place forte ne parle pas à grand monde, pourtant historiquement, c’est un lieu mélangeant vie civile et vie militaire. »

Une place forte habitée. Voilà un argument sur lequel la commune veut communiquer. Notamment pour attirer les visiteurs en dehors de la période 15 juillet-15 août. Même le Centre des monuments nationaux, qui administre les fortifications de Mont-Dauphin, inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2008, communique désormais sur la notion de village fortifié.

Mais à quoi ressemble cette vie de place forte signée Vauban  ? Cyr Piaton la voit comme « une petite communauté » habitant dans un « cocon ». « Les remparts la protègent. On peut les voir comme oppressants, mais je leur préfère ce rôle protecteur. » Mont-Dauphin est à la fois isolé sur son plateau et proche de tout via la RN 94. Pas très loin de Guillestre, de Briançon, d’Embrun. Juste assez pour s’isoler du flux de voitures, invitées pour celles des visiteurs, à rester à l’extérieur des remparts.

Un « cocon » protecteur

Les habitations sont regroupées dans un carré autour des rues perpendiculaires du Colonel-Cabrie et Catinat. Sans extérieurs visibles, les maisons disposent de jardins à l’abri des regards. S’il y a de la vie à l’année à Mont-Dauphin, elle ne se donne pas entièrement aux touristes. « Les habitants accaparent des petits coins secrets », sourit Anaëlle Christ.

Originaire de Haute-Saône, l’artisane céramiste du Petit tour à l’atelier dans la caserne Campana, travaille et vit dans la place forte. Elle aussi évoque un « cocon ». « La vie ici est un peu hors du temps, très paisible. Les remparts amènent un sentiment de protection et d’évasion vers la nature. »

Dans la rue Catinat, dans le prolongement de la porte d’entrée principale de Mont-Dauphin, Guillaume Bertache abonde : « C’est une île au milieu des montagnes. » Avec sa femme Célia et leurs enfants, ils sont tombés sous le charme du lieu en décembre 2023, en reprenant l’Auberge de l’Échauguette. Le charme « d’une atmosphère un peu mystérieuse en hiver, d’un lieu un peu fantôme sans être abandonné ». Sous le charme encore de ses habitants solidaires et prêts à l’entraide. « Je l’ai vécu en m’installant ici, souligne Anaëlle Christ, je n’étais même encore arrivée que les gens connaissaient mon prénom ! »

99 habitants en 1999

Un lien entre habitants tissé notamment avec une messagerie instantanée. « C’est le “WhatsApp du village” : chacun est libre de s’impliquer ou pas, mais cela dynamise la commune. Il y a aussi un potager partagé, une salle communale », décrit Mélanie Bouston. Artisane couturière, elle tient la boutique Melilange.

Voilà 11 ans qu’elle habite Mont-Dauphin. Comme ses voisines de la caserne Campana, elle est ouverte à l’année : « Il y a du passage toute l’année, notamment grâce aux tour-opérateurs, ce qui permet une vie de l’artisanat. » Une volonté municipale engagée par feu l’ancien maire Gilbert Fiorletta, et poursuivie depuis, transformant le village et attirant de nouveaux habitants : en 1999, la commune comptait 99 âmes  !

Des changements dont a été témoin Jean Poussel, qui tient un musée de ses collections de pierres, cristaux, insectes et essences de plantes. Du haut de ses 89 ans, dont 54 à Mont-Dauphin, il n’en est pas forcément le plus heureux des villageois. « Avant, c’était plus tranquille, il y avait surtout des retraités, relate l’ancien dirigeant du centre Igesa, résidence de vacances de l’Armée en plein cœur de la place forte. Aujourd’hui, on est peut-être un peu trop tourné vers le tourisme et les Monuments [le Centre des monuments historiques, NDLR] prennent un peu trop de place. »

De quoi briser le cocon ? Non, pour Cyr Piaton, « il faut trouver un équilibre des temps : celui du tourisme et celui du village ».

Article issu du Dauphiné Libéré

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