Créé en 2023, le collectif citoyen « La Morte vivante » s’est battu et se bat encore pour la survie de la station de l’Alpe du Grand Serre. « La Morte » est le nom de la commune où se trouve le domaine skiable. Après le coup très dur de la fin juin/début juillet avec la fermeture annoncée de la station la plus ancienne d’Isère, l’espoir et l’optimisme sont de retour pour ces habitants engagés.
Fin septembre, la Sata a annoncé un projet de reprise pour cet hiver 2025/2026. « Nous avons proposé à la CCM de couvrir nous-mêmes les risques financiers liés à une ouverture hivernale, pour ne pas les faire peser sur la communauté de communes », a expliqué Fabrice Boutet, son patron.
« La Sata prend clairement ses responsabilités et montre son attachement au territoire »
Une proposition qui doit être encore validée par le conseil communautaire de la Matheysine en novembre mais l’ouverture de l’Alpe du Grand Serre cet hiver apparaît comme très probable. Un véritable soulagement pour César Ghaouti, président et cofondateur du collectif citoyen « La Morte vivante ». Interview.

Tout le monde semble content aujourd’hui à La Morte…
« C’est un sentiment de soulagement parce que le risque social et économique était majeur. Pour l’instant, on s’en tient à ce qui est officiellement dit, à savoir qu’il reste une étape de validation par le conseil communautaire en novembre. Mais on voit que la Sata prend clairement ses responsabilités et montre son attachement au territoire. »
« Il va falloir qu’on parle d’économie et ça va nécessiter des investissements »
L’association La Morte vivante porte depuis le début la question de la transition…
« Au début c‘était pour enrichir le projet de réhabilitation de la station, pour parler de la diversification touristique. Mais pour dire aussi : qu’est-ce qu’on fait tout autour de la station ? Comment on vit à l’année ? Comment on amène de la vie sociale ? »
Pour vous, l’enjeu est socio-économique ?
« Il y a beaucoup d’imaginaires autour de la transition, mais si on veut qu’elle soit effective, il va falloir qu’on parle d’économie et ça va nécessiter des investissements. Parce qu’aujourd’hui, les gens montent pour le ski, demain il faudra qu’ils montent pour autre chose. Et il faudra autre chose. »

« La station génère 200 emplois l’hiver »
Ça passe par une mobilisation des habitants ?
« Aujourd’hui, la station c’est 139 habitants à l’année, 600 logements mais 87 % de résidences secondaires et, pour la vallée de la Roizonne, 450 résidents. Mais la station génère 200 emplois l’hiver, directement et indirectement. C’est énorme. Pour tout développement touristique estival, on a donc besoin aujourd’hui de son pendant hivernal ,car ça fait vivre des gens à l’année. »
Comme beaucoup d’autres en moyenne montagne, la station est à un point de bascule ?
« On doit réfléchir à comment aménager ce territoire de façon durable, comment sortir de la dépendance touristique. Tout en disant qu’on a besoin du tourisme aujourd’hui et notamment hivernal parce que c’est ce qui fait le territoire. Car l’été, globalement, le souci, c’est que les gens prennent leur voiture, montent, font leur activité et repartent. Au mieux, ils achètent une bière et ça ne fait pas vivre un village. Donc tout l’enjeu, c’est de se dire : comment crée-t-on aussi une offre d’hébergement qui permette de capter les gens ? S’ils ne restent pas, on ne crée pas d’économie et on reste donc dépendant de ce qui fait l’économie aujourd’hui : le ski. Et du coup, on se retrouve bloqués dans une impasse. »
Article issu du Dauphiné Libéré