On connaît Hugo Becker pour ses rôles à l’écran, souvent intenses, parfois sombres. Mais loin des plateaux de tournage et des villes qu’il traverse au gré des projets, l’acteur cultive une autre passion, plus discrète : la montagne. Et avec elle, le ski, pratiqué depuis l’enfance, comme une respiration nécessaire dans une vie menée à vive allure.
« Je ne me souviens pas exactement quand ça a commencé, mais j’ai la chance de skier depuis longtemps », glisse-t-il. Pour lui, le ski n’est pas un simple sport d’hiver, mais un dialogue avec les éléments, une sensation de glisse et de liberté proche de celle du surf : « On se confronte à quelque chose de plus grand que soi. La montagne, c’est un élément très fort, presque spirituel. » Un mot qu’il emploie sans emphase, pour évoquer cette impression de recul et de justesse qu’offrent les grands espaces.
« J’ai un niveau améliorable, comme toujours »
Un besoin d’autant plus fort que le quotidien de l’acteur se déroule majoritairement en milieu urbain. Révélé au grand public par la série Chefs, puis par Au service de la France, où il incarne un espion aussi élégant qu’ambigu, le natif de Metz a depuis multiplié les projets, en France comme à l’international. On l’a vu en prince de Monaco dans Gossip Girl, en député socialiste et farouche défenseur de la laïcité dans Baron Noir, ou encore au cinéma dans Jusqu’ici tout va bien et Vaincre ou mourir.
Autant de rôles exigeants, souvent intérieurs, qui contrastent avec son besoin régulier de s’extraire du cadre. « On passe beaucoup – peut-être trop – de temps dans les villes. Sortir de ça, c’est nécessaire », explique-t-il. La montagne, pour lui, agit comme un rappel : « Ça nous remet à notre bonne place, une toute petite place d’êtres humains. » Une humilité qu’il retrouve aussi dans le ski, loin de toute logique de performance. « J’ai un niveau améliorable, comme toujours. Mais c’est un vrai plaisir : la glisse, l’air frais, le sport. »
Au fil des années, l’acteur a découvert de nombreuses stations, sans jamais en sacraliser une seule. Il évoque volontiers Les Arcs, où il était invité lors du festival du cinéma pour son court-métrage La Ligne de vie, dont il apprécie le vaste domaine, notamment lorsqu’il s’y rend. « Venir présenter un film ici, c’est allier l’utile à l’agréable. »

« C’était assez dément : pas de pistes, pas d’arbres, pas de balisage »
Mais certaines expériences l’ont plus durablement marqué, comme une récente sortie en ski de randonnée à La Grave, dans les Hautes-Alpes, une station unique au pied du massif de la Meije : « C’était assez dément : pas de pistes, pas d’arbres, pas de balisage. On est vraiment au milieu des éléments. C’est hors du commun. »
Ce goût pour les sensations brutes ne se limite pas à la montagne. Grand amateur de moto, Hugo Becker retrouve là encore une forme de liberté, un rapport direct au mouvement et au risque maîtrisé. Avec la même logique : sortir du cadre, éprouver le corps, retrouver une pleine conscience. « Il y a aussi quelque chose du défi, en montagne comme ailleurs, qui rappelle notre condition d’homme. »
Sa fascination pour la montagne se nourrit aussi de lectures comme Le Sommet des dieux, le manga de Jirō Taniguchi, qu’il garde comme livre de chevet. Le parcours de cet alpiniste solitaire, en quête de sens plus que de gloire, fait écho à son propre rapport aux sommets : une recherche de silence et de confrontation aux éléments, loin du tumulte du monde. « Une fois qu’on a parlé de la confrontation aux éléments, on a un peu tout dit. » Projeté lors du festival des Arcs, le film de Vincent Munier Le Champ des forêts a ravivé son désir d’évasion, voire de solitude volontaire.
S’il confesse aimer les activités collectives, l’acteur reconnaît que la montagne appelle parfois à l’isolement. Un silence salutaire, loin des plateaux de tournage, des scripts et des spots. Là-haut, Hugo Becker redevient simplement un homme face aux éléments. Et c’est peut-être là, entre ciel et neige, qu’il trouve une forme d’équilibre.
Article issu du Dauphiné Libéré