C’est une question d’honneur et on ne plaisante pas avec l’honneur, surtout de nos amis belges à qui l’on doit une réhabilitation en règle. La Belgique compte bien un sommet à 694 mètres d’altitude, excusez du peu, le Signal de Botrange, dans les Hautes Fagnes. Jacques Brel nous aurait donc menti, le plat pays a sa montagne. Et il y neige même parfois. Natacha Régnier en sourit, elle a vérifié : 694 mètres, c’est bien ça. Gamine, elle faisait de la luge.
La comédienne, prix d’interprétation à Cannes et César de la révélation pour La Vie rêvée des anges, a quitté la région de Bruxelles il y a 30 ans. C’est désormais entre Paris et la Bretagne qu’elle partage sa vie. Deux régions qui ne relèvent pas vraiment le plat mais qui ouvrent l’horizon.
C’est donc avec vue sur l’océan qu’elle nous parle de la montagne, un endroit qu’elle a découvert enfant. Du côté des Gets (Haute-Savoie) là où, pour la première fois, elle est montée sur des planches. Les Gets puis Verbier en Suisse. « Mes grands-parents louaient un chalet pour réunir toute la famille. J’adorais ça, être au ski et partager ce moment. Le fait d’être là, tous ensemble. »

« Je n’avais pas peur du tout, je me lançais à fond dans la pente »
Le ski durant l’enfance et puis plus rien ou presque à l’adolescence. Il aura fallu attendre un voyage au Chili, à la fin des années 90, pour rechausser les skis ou plutôt un snowboard. À côté de Santiago. « Cette année-là, je suis allée plusieurs fois aux sports d’hiver, j’accompagnais quelqu’un qui adorait en faire. »
Et si, durant son enfance elle était très à l’aise : « Je n’avais pas peur du tout, je me lançais à fond dans la pente », en devenant adulte, Natacha a un peu plus de crainte. « Cela dépend. Je peux très bien skier et puis me bloquer, mais je n’ai pas une technique de dingue. »
Le ski qu’elle a lâché puis retrouvé lors de participations à des festivals. « À Gérardmer où j’étais dans le jury, aux Arcs et aux Étoiles du sport à la Plagne. Ce qui m’intéresse, c’est le fait de skier ensemble mais aussi tous les moments de partage après, les repas notamment. »
« J’ai fait une sorte de road trip en tente de toit en Suisse »
Natacha se souvient aussi d’un tournage à Charmey, près de Bulle en Suisse, pour la série Anomalia de Pierre Monnard. « On avait passé trois mois dans les montagnes. J’adore la nature et les éléments, que ce soit pour du paddle sur un lac ou de la randonnée. Je vais, c’est vrai, plus facilement vers l’océan mais quand je vais à la montagne, c’est parce qu’il y a quelque chose d’organisé, soit autour du cinéma soit pour suivre quelqu’un et partager le moment. Et je trouve ça joyeux. »
L’hiver et l’été aussi : « J’ai fait une sorte de road trip en tente de toit en Suisse, avec pas mal de randonnées, d’étape en étape, pour découvrir les villages. Un peu comme je pourrai le faire sur un bateau, de crique en crique. »
« Je ne connais pas assez la montagne pour faire n’importe quoi »
Avec toujours cette envie de voir plus loin. « Une fois au sommet, j’aime la vue qu’on peut avoir. Et j’aime vraiment cette lumière qui change sans arrêt à la montagne comme à l’océan. Je peux même être contemplative devant les ciels différents. Je pense d’ailleurs qu’on peut se nourrir de cette contemplation, ça nous apaise et moi, ça me permet de contrebalancer mon hyperactivité. » Contempler et marcher. « À la montagne, il y a forcément quelque chose de physique, avec le froid, la neige. Et marcher remet les idées en place. J’aime bien la montagne surtout quand je suis dans le partage, alors que l’océan, je peux y être seule. Les deux peuvent d’ailleurs être angoissants. Je ne connais pas assez la montagne pour faire n’importe quoi, je pourrai par exemple avoir peur devant une piste noire. En revanche, l’océan je le connais bien et je sais qu’une tempête peut arriver très rapidement et que cela peut être très dangereux. »
Natacha Régnier présentera son court métrage Jean qui sème au Festival de Cannes dans la série les Jeunes talents Adami. « De passer à la réalisation, j’ai trouvé ça extraordinaire, j’ai adoré chaque étape, écrire l’histoire, filmer les actrices, le montage. Ça m’a donné envie de continuer. »
Natacha expose aussi jusqu’au 18 janvier ses photos dans la K-ART Gallery à Bruxelles. « Je fais de la photo depuis une dizaine d’années, c’est un peu le carnet intime de mes obsessions. J’ai toujours considéré que les gens, qui apportent un regard différent et qui nous permettent d’avancer, sont comme des fenêtres. J’avais donc l’obsession de photographier des fenêtres et surtout ce qu’il y a derrière. Avec une profondeur de champ. »
Enfin, la comédienne joue dans Diogène ma mère et l’ours blanc, une pièce de théâtre avec la compagnie normande Tourner la page, mis en scène par Fabrice Hervé. On est trois sur scène et je joue le rôle d’une femme qui perd la tête et qui a le syndrome de Diogène. Cela parle de santé mentale avec beaucoup de poésie et de tendresse. »
La conversation s’arrête. Natacha Régnier nous laisse à nos montagnes. L’océan se fait entendre.
Article issu du Dauphiné Libéré