4 805,59 mètres. Oui, c’est la taille officielle du mont Blanc aujourd’hui.
Hier, c’était 4 807 mètres. Avant-hier, 4 810. Et ce n’est pas parce que la montagne rétrécit : c’est surtout parce que la mesurer, ça n’a rien d’aussi simple qu’une règle d’écolier. Ces variations intriguent, parfois inquiètent, et soulèvent une question plus large : comment mesure-t-on réellement la hauteur des sommets ?
Des mathématiciens du XVIIIᵉ siècle aux géomètres-experts équipés de drones, l’histoire de ces chiffres est assez technique…
■ 2001 : 4 810,40 m.
■ 2003 : 4 808,45 m.
■ 2005 : 4 808,75 m.
■ 2007 : 4 810,90 m.
■ 2009 : 4 810,45 m.
■ 2011 : 4 810,44 m.
■ 2013 : 4 810,02 m.
■ 2015 : 4 808,73 m.
■ 2017 : 4 808,72 m.
■ 2019 : 4 806,03 m.
■ 2021 : 4 807,81 m.
■ 2023 : 4 805,59 m.
Une obsession qui remonte au XVIIIᵉ siècle
Bien avant l’invention des GPS et des stations satellites, mesurer les montagnes relevait presque de l’alchimie. Au siècle des Lumières, les savants s’interrogent : comment transformer l’observation de géants inaccessibles en un chiffre fiable ?
En 1685, des mathématiciens genevois tentent l’exercice pour le mont Blanc à l’aide de la trigonométrie, en calculant des angles depuis le lac Léman. Une estimation tombe à environ 3 900 mètres.
La véritable révolution survient avec Horace Bénédicte de Saussure. Fasciné par ce sommet encore inviolé, il lance un défi : offrir une récompense à ceux qui trouveront un passage vers le sommet. Grâce à cette impulsion, Jacques Balmat et Michel-Gabriel Paccard réussissent la première ascension en 1786.
L’année suivante, Saussure les accompagne, bardé d’instruments, dont un immense baromètre destiné à estimer l’altitude. Verdict : 4 775 mètres, un chiffre remarquablement proche de la valeur réelle.

Aujourd’hui : cordées, drones et chiffres qui bougent
Depuis 2001, on refait l’opération tous les deux ans. Pas avec un baromètre géant mais avec des instruments très sophistiqués :
- les stations GNSS (l’équivalent militaire et ultra-précis de votre GPS). Une fois plantées dans la glace, elles communiquent avec les satellites pour déterminer l’altitude exacte du point le plus haut… à quelques millimètres près.
- des drones qui survolent la calotte sommitale et réalisent des milliers de photos et de scans laser. On obtient ainsi une modélisation 3D complète de la zone, comme si on dessinait une radiographie du sommet.
- des capteurs sont disposés sur plusieurs points autour de la montagne pour enregistrer les déformations de la glace, la densité de neige et les effets du vent.
En septembre 2023, huit cordées de géomètres-experts ont transporté leur matériel jusqu’au sommet. Plusieurs jours de mesures plus tard, la sentence tombe : 4 805,59 mètres. Deux mètres de moins qu’en 2021. Le record reste celui de 2007 : 4 810,90 mètres.
Alors le mont Blanc rapetisse ?
On pourrait croire que la montagne « fond », mais non : c’est juste un jeu de neige et de vent.
En fait, le sommet rocheux, lui, ne bouge pas : il est bloqué à 4 792 mètres. Tout le reste, ce sont des neiges éternelles… qui ne sont pas si éternelles que ça. Une bonne tempête, du vent, un été sec, et la calotte glaciaire peut perdre plusieurs dizaines de centimètres en quelques jours.
À l’inverse, quelques chutes de neige bien placées suffisent à faire « pousser » le mont Blanc d’un mètre.