« Une banane, ca va non ? »
Sur le papier, une peau de fruit semble inoffensive. Pourtant, dans l’environnement montagnard, le processus de dégradation est bien plus lent qu’en plaine. Une peau de banane peut mettre plus de deux ans à disparaître en altitude, un trognon de pomme 1 à 5 mois ou une pelure d’orange plus d’un an. Et entre-temps, ces restes attirent la faune, dénaturent le paysage, et perturbent les cycles naturels.
Même le mouchoir en papier, souvent considéré comme « jetable » sans conséquence, met plusieurs mois à se désagréger. Dans un sous-bois humide, il disparaît plus vite. Sur un versant rocailleux exposé au vent, il s’accroche aux buissons et vole au gré des rafales.

Ce qu’on peut jeter… vraiment très peu
La règle en montagne est simple : tout ce que vous avez porté à l’aller doit repartir avec vous. Il existe toutefois quelques nuances :
- Les épluchures de fruits locaux et non traités (comme une peau de pomme ou de poire bio) peuvent être enterrées dans la terre, à bonne profondeur, loin des sentiers et des points d’eau, mais cela reste déconseillé.
- L’eau (sans savon ni produit) peut être reversée dans la nature, avec précaution, en respectant les zones sensibles (zones humides, sources, lacs d’altitude).
- Les cailloux, branches ou autres éléments naturels déplacés peuvent être remis à leur place, mais cela ne concerne pas à proprement parler des déchets.
À part cela ? Rien.
Les faux amis : biodégradable ne veut pas dire invisible
De plus en plus de produits se présentent comme « compostables » ou « biodégradables ». C’est le cas de certains sacs, de mouchoirs, ou de vaisselle jetable. Mais attention : ces termes signifient qu’ils se dégradent dans un compost industriel ou dans des conditions spécifiques (température, humidité, oxygène).
En montagne, les conditions sont rarement réunies. Ces déchets restent visibles, s’accumulent, et finissent par être ramassés par les agents de parc ou les bénévoles.
Même chose pour les restes de repas : une croûte de fromage ou un bout de pain sec ne se fondent pas dans le décor. Ils attirent les rongeurs, qui s’habituent à l’homme et finissent par s’approcher des bivouacs ou des refuges.

Que faire de ses déchets en randonnée ?
En pratique, la solution est simple : prévoir un petit sac plastique (type sac à crottes pour chien ou sac congélation), que vous garderez dans votre sac jusqu’au retour. On peut aussi emporter un petit bocal pour les déchets organiques, ou un tupperware pour éviter les emballages souillés.
Les refuges disposent parfois de poubelles, mais cela ne doit pas être une excuse pour abandonner ses détritus en chemin. D’ailleurs, en haute montagne, certains refuges redescendent leurs déchets par hélicoptère : chaque gramme compte.
Enfin, les toilettes sèches sont à utiliser chaque fois qu’elles sont disponibles. En pleine nature, l’usage d’une petite pelle pour enterrer ses déjections est fortement recommandé, toujours à plus de 50 mètres d’un point d’eau.
Des consignes qui peuvent paraître excessives
Dire qu’il ne faut pas jeter une peau de banane ou un mouchoir peut sembler exagéré, voire infantilisant. Après tout, ce sont des déchets organiques, biodégradables, presque invisibles. Mais ces règles ne s’adressent pas à un marcheur isolé : elles tiennent compte des dizaines, des centaines, voire parfois des milliers de randonneurs qui passent chaque jour sur les mêmes sentiers.