Face au dérèglement climatique, qui pourrait engendrer notamment de multiples éboulements, le Département de l’Isère est en train de mener une étude inédite sur la vulnérabilité sur son territoire. Le président Jean-Pierre Barbier nous explique cette démarche.

« Le dérèglement climatique va fortement impacter notre département »
Il commence en utilisant une image. « On a tous en tête les cartes qui ont été publiées en prévision de la montée des eaux. Comment notre littoral va être envahi avec le réchauffement climatique… Mais, on n’a rien concernant nos territoires à nous, nos routes de montagne. Et pourtant, on le sait, le dérèglement climatique va fortement impacter notre département ». Conscient de ce fait, et mis plus qu’en alerte par les récentes catastrophes naturelles comme celle de La Bérarde ou du tunnel du Chambon, le président du Département de l’Isère, Jean-Pierre Barbier (droite) a commandé une grande enquête inédite.
Intitulée « Étude de vulnérabilité des territoires », elle a été menée depuis un an, en partenariat avec l’UGA, le Cerema (Centre d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) et la DDT (Direction départementale des territoires). Ses premières conclusions devraient arriver en avril, mais elles ne seront publiées que quelques mois plus tard.
Pour nous expliquer sa démarche, le président Barbier continue avec une autre image : « Vous avez sûrement lu ce récent article du journal Le Progrès, qui concerne la route départementale 42, entre Bas-en-Basset (Haute-Loire) et Saint-Hilaire-Cusson-la-Valmitte (Loire), et dont le Département a symboliquement expliqué qu’elle serait fermée jusqu’en 2100. Elle a été rendue impraticable suite à un effondrement et personne n’a les moyens de la réparer. »

« Est-ce qu’on pourra sortir 16 millions d’euros à chaque fois comme pour la Bérarde ? »
Il poursuit : « Pour l’instant chez nous, à chaque catastrophe, notre collectivité a été au rendez-vous. Mais les événements risquent de s’enchaîner en raison du changement climatique, et est-ce qu’on pourra y faire face tout le temps ? Est-ce qu’on pourra sortir 16 millions d’euros à chaque fois comme pour La Bérarde ? Je n’en suis pas certain. On va se heurter à un principe de réalité. Et les gens vont devoir intégrer cela. »
L’élu compte sur cette grande étude pour lister les dangers pouvant toucher tel ou tel endroit. « Il faut pouvoir se projeter sur dix ans et plus. Des événements vont se produire et c’est bien d’anticiper pour prévoir en amont des solutions. Aujourd’hui, si un particulier investit dans une zone de montagne, c’est bien également de comprendre que des risques existent. Les voies d’accès ne sont pas garanties éternellement. »
Jean-Pierre Barbier dit qu’il ne veut pas jouer sur les peurs ni irriter aucun maire, mais que c’est son rôle, en tant qu’élu, « de prévenir ». « On entre dans une période où il va falloir apprendre à s’adapter à la multiplication de certains événements. J’ai voulu cette étude, j’ai voulu que notre Département soit innovant sur ce sujet, pour qu’il y ait une prise de conscience des Isérois, et aussi une acceptabilité. »
Il termine : « J’entends souvent cette phrase : « oh, mais si les anciens ont construit ici, c’est que c’est bon, ça ne bougera jamais ». Sauf que le dérèglement climatique a changé la donne, et que ce qui a prévalu pendant des décennies, voire des siècles, n’est malheureusement plus tout à fait vrai… »
Article issu du Dauphiné Libéré