Municipales : pourquoi les stations n’abandonnent pas le ski

Les Cassandre qui voyaient une vague se lever dans les stations, à la lueur des mouvements de contestations et autres élans associatifs très médiatisés contre des projets d’aménagement, seront déçues. Les résultats des municipales n’augurent rien du grand soir, et d’un changement radical en altitude. Oui à la transition mais sans précipitation.

À l’association nationale des maires de stations, le président, Jean-Luc Boch, réélu à La Plagne note tout de même un changement de paysage, avec 30 % de renouvellement dans la centaine de communes adhérentes. Les hommes et les femmes changent, la stratégie reste. Pas question de tourner la page du ski qui fait vivre.

Certes des maires ou majorité que l’on croyait solidement implantés sont tombés dans des lieux phare : Chamonix, capitale de l’alpinisme, où la question du surtourisme a pesé, a vu l’élection de l’opposant François Xavier Laffin, promoteur de profession ; à Val d’Isère, capitale du ski, où proximité et gouvernance ont pesé dans le vote qui portait l’agriculteur Xavier Mattis (*) à la mairie.

L’usure du pouvoir a eu raison des édiles en place à Valloire ou Méribel, où Bernard Front organisateur des mondiaux de ski 2023 est le nouveau maire. Quant aux Belleville, le sortant est battu par son ex-alliée Donatienne Thomas… dont le premier adjoint n’est autre que le directeur de France Montagnes qui promeut les stations et ancien champion olympique Vincent Jay. Que des partisans de la préservation de la culture de l’or blanc.

Photo Adobe Stock
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« Leur dire qu’on va arrêter c’est comme fermer leur usine et les toucher au portefeuille »

« Dans ces grandes stations, les changements ne se sont pas opérés sur des ruptures ou une remise en cause du modèle de développement basé sur le ski alpin » confirme Mikaël Chambru, sociologue à l’Université Grenoble Alpes, spécialiste des transitions en montagne. Personnalité, gouvernance, ou point de crispation micro-local ont mené à l’alternance, tels en Haute-Savoie, l’aménagement du centre-village aux Contamines, ou celui de front de neige à Praz-sur Arly. Et puis pour Boch, la montagne n’échappe au « penchant pour le dégagisme bien français ».

Pour le reste à Courchevel, Saint-Gervais, l’Alpe d’Huez, les Deux Alpes, Chamrousse, Val Cenis conservent leur tête d’affiche… Pour autant les sujets de transition n’ont pas été oubliés des débats. Serge Revial le maire de Tignes, jouait gros avec le changement radical de gestion du domaine skiable, reprenant l’outil industriel en main, via une société publique locale, se passant de la Compagnie des Alpes. Pari dans lequel la population l’a suivi.

Quid de ces communes où des projets d’aménagement ont cristallisé l’attention ? A La Clusaz, où le sujet de la retenue collinaire (annulé par la Justice) a fait grand bruit, à la différence de 2020 aucune liste citoyenne ne s’est présentée face à Didier Thévenet réélu. Idem au Grand Bornand, où la neige de culture fait débat plus dans les et où la majorité sortante l’emporte sans combattre. Tout comme à La Grave (Hautes-Alpes), où les opposants au troisième tronçon de téléphérique ne se sont pas manifestés devant les suffrages. Mais dans ces stations, l’opposition s’est traduite par le vote blanc ou nul : près de 40 % des exprimés.

« Les électeurs sont réalistes, et se rendent compte que l’économie basée sur le ski nous fait vivre. Leur dire qu’on va arrêter c’est comme fermer leur usine et les toucher au portefeuille » explique Jean-Luc Boch. « Pour autant on sait qu’on devra s’adapter. »

Un « signal négatif »

Une exception, avec l’élection du moniteur de ski à la fibre écolo Stéphane Lagarde aux Houches, dans la vallée de Chamonix. Sinon le vert recule, au grand dam de Fiona Mille, présidente de l’association Mountain Wilderness qui déplore un « signal négatif » avec la défaite à Bourg-Saint-Maurice Les Arcs de Guillaume Desrues, élu en 2020 sous une coloration inédite en Tarentaise avec pour programme le moratoire des constructions touristiques. « C’est un coup d’arrêt et on le regrette, car il y avait l’idée d’anticiper l’avenir et de faire évoluer le modèle. » On ajoutera dans le Queyras, la défaite (pour 4 voix) de Mathieu Antoine à Saint-Véran, élu en 2020 sur son opposition au projet de téléphérique à l’Observatoire.

Mais en moyenne montagne Fiona Mille observe d’autres dynamiques. « Des listes citoyennes ont été élues dans le Vercors », secteur où l’enjeu principal est l’avenir du modèle de la station et de la place du ski. Dans le sillage du mouvement Vercors citoyen, né de l’opposition au projet de résidence du basketteur Tony Parker, Corrençon ou Lans ont basculé. Mais le maire de Villard-de-Lans reste en place et à Autrans, Nathalie Faure, fille de l’emblématique sénateur Jean et vice-présidente au département dans la majorité de droite , a été élue. Pas vraiment des partisans de la réduction de la dépendance au tourisme.

« Là où il y a eu du débat c’est là ou démocratie est vivante »

« Reste qu’au niveau de l’intercommunalité, ça peut changer les choses, estime Fiona Mille. Ces listes citoyennes travaillent la prospective, la vision d’avenir, et contrairement aux idées reçues ne sont pas pour arrêter net une dynamique touristique ». Mikaël Chambru observe la même tendance en Chartreuse au vu des résultats au Sappey ou sur le plateau de Petites Roches, de la gauche et des verts. « Là où il y a eu du débat c’est là ou démocratie est vivante. Et on souhaite qu’il continue à nourrir une vision d’avenir », indique Fiona Mille.

Mais en moyenne montagne pas si simple de tourner la page du ski. Deux maires en ont fait l’amère expérience. En Haute-Savoie, celui de Faverges, Jacques Dalex, qui a fermé la station de la Sambuy, sans envisager l’après, a perdu. Tout comme celui d’Allos (Alpes-de-Haute-Provence) qui avait lancé un référendum sur l’avenir du domaine du Seignus, au déficit chronique.

(*) L’élection fait l’objet d’un recours de la préfecture.

Article issu du Dauphiné Libéré

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