« Le mont Aiguille, c’est dans la tête de tous les gens qui font de la pente raide dans le coin. Mais c’est vrai que, de loin, on dirait un peu un truc imprenable. » De près aussi d’ailleurs.
Les parois verticales de l’une des sept merveilles du Dauphiné ne se gagnent en effet pas si facilement en hiver, surtout quand on a la drôle d’idée de vouloir en descendre à skis. François Kern l’explique : « D’abord, il faut les conditions pour la montée comme pour la descente. Il faut aussi les copains pour y aller et avoir le niveau, car certains bons skieurs ne savent pas grimper et de bons grimpeurs ne savent pas skier. »

Un sommet qui obsède les skieurs
Avec le maître de la pente raide, le Haut-Savoyard Vivian Bruchez, et son compère et guide Xavier Cailhol, François Kern était donc en bonne compagnie ce lundi quand, à 6 h 45, le trio a entrepris de gravir le mont Aiguille exceptionnellement enneigé. « Depuis une quinzaine d’années, il n’y a pas souvent d’aussi bonnes conditions d’enneigement à basse altitude. Et comme Vivian [Bruchez] a la petite lubie en ce moment de chercher des jolies pentes des Préalpes, eh bien il a eu cette idée-là ! »
Skiée une première fois en 1988, cette voie avait été répétée par Pierre Tardivel en 1992, pour les 500 ans de la première ascension du “mont inaccessible” ainsi qu’on l’appelait alors.
« Le mont Aiguille, c’est quand même l’invention de l’alpinisme, c’est la première fois qu’un État investissait pour monter sur un sommet. » Le roi Charles VIII avait effectivement missionné le capitaine Antoine Deville pour atteindre la prairie sommitale, lequel avait tout consigné dans un volume de la chambre des comptes du Dauphiné, aujourd’hui précieusement conservé aux archives de l’Isère.
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« Un voyage dans un mythe »
Il aura fallu cinq heures au trio pour atteindre la cime par la voie classique depuis le parking. Avec, entre autres difficultés, une première longueur exposée, « dangereuse même, je dirais », abonde François Kern. En haut, sur cette vaste pelouse qui offre par temps clair un panorama du mont Blanc au Ventoux, le trio a ensuite entamé deux heures de descente par la voie des Tubulaires, d’abord en désescalade, puis spatules aux pieds, tout en testant la stabilité du manteau neigeux : « La pente est cotée 4.3, c’est pas si raide. On avait une belle neige qui accrochait bien, un peu de poudre, et du soleil qui offrait une atmosphère lumineuse. » Pas si raide mais pas si rassurante pour autant : « L’exposition est maximale ; si tu tombes, il n’y a rien qui t’arrête… La pente est continue et débouche ensuite sur des barres rocheuses. »
« C’est un voyage dans un mythe, un vrai labyrinthe, une émotion visuelle » a commenté Vivian Bruchez qui n’avait jamais tutoyé cette cime. Au contraire de François Kern, habitué des lieux en été : « J‘étais le moins compétent des trois mais par contre, j’étais le seul qui connaissait bien la voie normale de montée. » Une évidence pour tout montagnard isérois : « Quand tu habites ici, ça fait partie, comme le Grand Pic de Belledonne ou quelques sommets à La Meije, des trucs qui font rêver dans une vie de skieur de pente raide. »
On a quand même connu rêve moins effrayant.
« Quand tu habites ici, ça fait partie, comme le Grand Pic de Belledonne ou quelques sommets à La Meije, des trucs qui font rêver dans une vie de skieur de pente raide. » François Kern
Article issu du Dauphiné Libéré