Une simple capture d’écran… et une nouvelle descente de légende pour Paul Bonhomme

En 1938, c’est avec une simple carte postale pour « topo » que l’Italien Ricardo Cassin ouvrait la voie directe de la face nord des Grandes Jorasses, la fameuse Walker. 86 ans plus tard, à partir d’une image de synthèse capturée via une application déjà obsolète, Paul Bonhomme s’est lancé dans ce versant trop sauvage pour aguicher même les planches les plus expertes. Il fallait la sagacité du guide et spécialiste de la pente raide, pour songer y loger ses spatules. Désormais, ce spécialiste du ski extrême enseigne sa science de la trace entre le nord des Alpes où il réside, et le sud qu’il affectionne. Prédilection pour l’Ubaye.

Une simple capture d’écran pour source d’inspiration

Ce jeudi 16 janvier. De retour d’une session d’encadrement en pente raide dans les Alpes-de-Haute-Provence, sur le chemin de son camp de base haut-savoyard de Cercier, Bonhomme a fait un crochet par la station discrète de Réallon, au sud des Écrins, sous le regard étonné des agriculteurs du cru, surpris de voir ce drôle de zozo avec tout l’attirail d’alpinisme quand la neige faisait défaut sur les bas versants.

Direction un vallon oublié et cette face nord toute aussi peu exposée de la Tête D’Eslucis (2 764m). Avec pour seul repère l’une de ces captures d’écran qui peuplent son téléphone, où il stocke un tas de rêves de descentes dont beaucoup demeurent au stade de fantasme.

« Pas une photo mais une visualisation virtuelle qui me semblait magique, avec des plis dans tous les sens et un cheminement entre ces plis comme pour rentrer dans la montagne » nuance l’intéressé. Cette ligne-ci a miraculeusement pris corps à mesure que le skieur baroudeur s’élevait, s’enfonçant d’abord dans une gorge, entre ronces et multiples traversées de torrent. Au terrain « bartasse » succédaient une cascade de glace, un couloir très raide et des barres rocheuses. « Je n’ai voulu faire demi-tour qu’une fois, mais à bien des reprises j’ai pensé que je pensais que j’allais prendre un but ».

La solution « de l’autre côté du ciel »

Parvenant à déchiffrer ce versant qui se découvrait sous ses pas, entre un système de rampes donnant accès à un couloir suspendu, une traversée plein gaz, puis une brèche, dans ce labyrinthe de falaises, le skieur trouvait la solution « de l’autre côté du ciel » pour au final, comme le disait Gaston Rébuffat, gagner le sommet et un nouvel horizon. Avec cette photo pour sésame et malgré le vent qui le tarabustait. Et la descente ne fut finalement pas la partie la plus dure pour ce spécialiste.

Si la face était très sèche, le skieur a pu composer avec les petites coulées provoquées par les rafales qui se sont opportunément apaisées pour le laisser dévaler sa trace d’ascension : quelques passages un peu exposés, 55° d’inclinaison maximale, pour 45 à 50° en moyenne sur 650m. Et « De l’autre côté du ciel » dans cette face nord de la Tête d’Eslucis de venir encore garnir la liste d’exploits de l’amateur d’abîmes.

Article issu du Dauphiné Libéré

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