Domaines skiables : les « délinquants » des neiges ne sont pas à l’abri des lois

C’était le 4 mars dernier, sur l’une des pistes les plus raides de La Plagne, la noire de Bellecôte. Un père chutait sur 300 mètres et décédait sous les yeux de ses enfants, malgré son casque. C’était le jour de Noël, cette même saison, sur le domaine voisin des Arcs. Une famille s’aventurait en hors-piste de proximité, sans détecteur de victimes d’avalanche. Un adolescent de 14 ans perdait la vie sous une coulée. Deux accidents synonymes de vacances virant au drame, rappelant que le ski, même dans un espace aménagé ou ses environs, exige préparation, matériel adapté et connaissance de son niveau.

En 2024/2025, sur les domaines français, les pisteurs secouristes ont réalisé 57 342 interventions pour 54 000 blessés, selon le Système national d’observation de la sécurité en montagne (SNOSM). Et si l’on intègre l’activité des cabinets médicaux en station, ce chiffre double (136 000 blessés). Sur un panel resserré de 52 stations, le SNOSM observe que le nombre de blessés a augmenté de 7 % quand la fréquentation s’est accrue de 5,5 %.

Photo Le DL/Louise Raymond
Photo Le DL/Louise Raymond

« Une minorité crée un sentiment d’insécurité »

Pour Ludovic Richard, responsable de l’observatoire, l’accidentologie apparaît relativement stable par rapport aux deux saisons précédentes. Mais depuis la sortie de la crise Covid, elle atteint des niveaux élevés. « On reste sur un plateau fort. On assiste à des comportements à risque, des skieurs ont tendance à se lâcher, avec des vitesses inadaptées à leur niveau, aux conditions. Une minorité crée un sentiment d’insécurité. »

On est passé sous la barre des 1 000 journées-skieurs pour un secours, 922 l’hiver dernier, le pire ratio depuis 10 ans. « Une dégradation sensible sur le long terme ». Et de noter un bond des interventions médicalisées par hélicoptère. 31 personnes ont perdu la vie sur ou près des pistes (18 décès traumatiques). Sur la décennie, seule 2021/2022 a fait pire… L’hiver de reprise post-Covid.

Pourtant, l’activité des médecins en montagne n’a guère varié selon Jean-Claude Bertrand, qui tient un cabinet à Morzine : soit 2,6 blessés pour 1 000 journées-skieurs, équivalent à 2019. Tout en pointant la lourde accidentologie sur les snowparks. « Peut-être que les gens qui avaient tendance à aller par leurs moyens chez le médecin de la station sollicitent plus facilement les pisteurs », observe Benjamin Blanc, patron de la régie des pistes à Val Thorens-les Menuires.

Photo Le DL/Thierry Guillot
Photo Le DL/Thierry Guillot

Les collisions sont en nette diminution

Car ces professionnels sont de plus en plus visibles, selon la volonté de la Fédération nationale de la sécurité et des secours sur les domaines skiables, créée en 2010 par le ministère de l’Intérieur, réunissant tous les acteurs (élus, ESF, exploitants de domaines). Et son président Claude Jay, maire des Belleville, note des tendances positives. Les collisions sont en nette diminution. À 95 %, les usagers se blessent seuls.

L’élu croit toujours aux vertus de la prévention. Et le pisteur-secouriste serait la clé de voûte de la stratégie. « Si on identifie mieux les hommes de l’art, on les appelle facilement. » Et de miser sur des campagnes unifiées entre stations. Dans les tuyaux, une grande journée nationale de prévention qui pourrait avoir lieu le 28 janvier. « Chaque accident évité est une petite victoire. La réponse concerne tous les acteurs et la prévention commence dès la location du matériel », insiste Claude Jay, pour qui le sujet de la répression n’est pas tabou.

Photo Le DL/Bertrand Riotord
Photo Le DL/Bertrand Riotord

Rendre obligatoire le casque ?

Plusieurs voix montent pour davantage de réglementations. En 2024, la députée de Haute-Savoie Christelle Petex (LR) avait présenté une proposition de résolution, invitant le gouvernement à rendre obligatoire le casque pour les personnes de moins d’1,5 m. En vain. Ces temps-ci, la députée Christelle d’Intorni (Alpes-Maritimes, UDR) travaille sur une proposition de loi qui aborde les sanctions des skieurs sous l’emprise de la drogue et de l’alcool. Quitte à y introduire le port du casque.

Or ce dernier est déjà adopté par 90 % des usagers. « Mais on atteint un plafond. Les 10 % restants sont difficiles à aller chercher », admet Claude Jay, qui n’exclut pas qu’on en vienne un jour à l’obligation. Mais la FNSSDS reste sceptique sur les voies répressives. « On se bat contre les normes et on viendrait en rajouter ? Ce n’est pas en phase avec nos valeurs de montagnard. Et quid des moyens pour assurer ces missions de répression ? Les gendarmes sont déjà assez occupés. »

Avoriaz. Photo Adobe Stock
Avoriaz. Photo Adobe Stock

Des forfaits retirés à Avoriaz

Certains ont franchi le pas, malgré les incertitudes juridiques. C’est le cas d’Avoriaz, en Haute-Savoie, qui, l’hiver dernier, a procédé au retrait de forfaits auprès de skieurs au comportement jugé dangereux. Thomas Faucheur, patron de la SERMA, explique : « On précise désormais dans nos conditions de vente qu’on se réserve le droit de suspendre le titre de transport de personnes ayant mis en danger autrui. Mais il ne s’agit pas d’une amende ». Une équipe “safety team” composée d’agents d’exploitation patrouille, sensibilisée aux relations clients. « Ils ont été formés ». L’an dernier, plusieurs forfaits ont été retirés sur le domaine des Portes du soleil. Notamment un skieur qui avait coupé la trajectoire de pisteurs en opération. Pour Faucheur, cette mesure « va dans le sens des attentes de la société ».

Enfin, avis aux « délinquants » des neiges : ils ne sont pas à l’abri des lois. En cas d’accident, le non-respect de l’une des dix règles de la Fédération internationale de ski (maîtriser sa vitesse, priorité au skieur aval…) suffit à la justice pour prononcer une condamnation pénale.

Article issu du Dauphiné Libéré

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